Pourquoi suis-je toujours épuisé(e) ?
Quand le cerveau, les émotions et le stress finissent par épuiser le corps.
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Il arrive que certaines personnes se sentent fatiguées du matin au soir, sans vraiment comprendre pourquoi. Elles dorment parfois suffisamment. Leurs analyses médicales sont normales. Elles n'ont pas forcément un travail physiquement éprouvant. Et pourtant, elles ont le sentiment de manquer constamment d'énergie.
Certaines décrivent cette sensation avec des phrases que j'entends régulièrement en consultation : " J'ai l'impression d'être fatigué(e) avant même que ma journée commence.", "Je pourrais dormir encore, mais je ne me sens jamais vraiment reposé(e).", "Le moindre effort me paraît immense.", "J'ai l'impression de fonctionner sur la réserve depuis des mois."
Cette fatigue est souvent difficile à expliquer à son entourage. Parce qu'elle ne se voit pas. De l'extérieur, la personne peut sembler aller normalement. Mais intérieurement, elle a parfois le sentiment de devoir fournir un effort considérable pour réaliser des tâches qui lui demandaient auparavant très peu d'énergie.
Beaucoup finissent alors par culpabiliser : "Je devrais être capable d'en faire plus.", "Pourquoi les autres y arrivent-ils et pas moi ?", "Je suis peut-être simplement paresseux(se)." Pourtant, dans de nombreuses situations, cette fatigue n'a rien à voir avec un manque de volonté. Elle est le résultat d'un organisme qui mobilise énormément de ressources pour faire face au stress, à l'anxiété, aux émotions, aux ruminations ou à une charge mentale devenue trop importante.
Autrement dit, votre corps et votre cerveau travaillent peut-être beaucoup plus que vous ne l'imaginez. Et cette dépense d'énergie, bien qu'invisible, est bien réelle. Comprendre cette fatigue est une première étape importante. Car lorsque l'on identifie ce qui épuise réellement notre organisme, il devient plus facile de mettre en place des changements adaptés plutôt que de continuer à se reprocher un manque d'énergie qui n'est pas choisi.
Pourquoi suis-je fatigué(e) alors que je n'ai parfois "pas fait grand-chose" ?
L'une des phrases que j'entends le plus souvent est « Je ne comprends pas... je n'ai pourtant rien fait de particulier aujourd'hui, mais je suis épuisé(e). »
Cette fatigue peut être particulièrement difficile à vivre. Parce qu'elle semble ne pas avoir de logique. Lorsque l'on a passé une journée à porter des cartons, à courir partout ou à faire un effort physique important, il est assez facile de comprendre pourquoi le corps est fatigué. En revanche, lorsque l'on a travaillé derrière un ordinateur, passé une journée à la maison ou même essayé de se reposer, il devient plus difficile d'accepter cette sensation d'épuisement.
Certaines personnes commencent alors à douter d'elles-mêmes : "Je manque peut-être de motivation.", "Je suis devenu(e) paresseux(se).", "Je devrais réussir à me secouer." Ces pensées sont compréhensibles, mais elles sont souvent très éloignées de la réalité.
Notre cerveau consomme énormément d'énergie
Nous avons tendance à associer la fatigue uniquement aux efforts physiques. Pourtant, notre cerveau est l'un des organes qui consomme le plus d'énergie. Même lorsque nous sommes assis ou allongés, il continue à traiter en permanence une quantité considérable d'informations. Il analyse notre environnement, prend des décisions, régule nos émotions, mobilise notre attention, traite nos souvenirs, prépare les actions à venir.
La plupart du temps, ce travail se fait de manière automatique. Mais lorsqu'une personne traverse une période d'anxiété, de stress chronique ou de souffrance psychologique, cette activité peut devenir beaucoup plus intense. Le cerveau ne se contente plus de gérer le quotidien. Il reste constamment en état d'alerte.
Une fatigue qui ne se voit pas
Certaines personnes passent leur journée à... penser. Et cela peut être extrêmement épuisant.
Sans même s'en rendre compte, elles peuvent :
- anticiper ce qui pourrait mal se passer ;
- réfléchir à plusieurs solutions pour un même problème ;
- repenser à une discussion de la veille ;
- s'inquiéter pour leurs proches ;
- essayer de tout organiser dans leur tête ;
- surveiller leurs émotions ou leurs sensations physiques ;
- vérifier qu'elles n'ont rien oublié.
Pris séparément, chacun de ces efforts paraît minime. Mais lorsqu'ils se répètent des dizaines, voire des centaines de fois dans une journée, ils représentent une véritable charge de travail pour le cerveau. C'est un peu comme laisser fonctionner plusieurs applications en arrière-plan sur un téléphone. Même si vous ne les utilisez pas directement, elles continuent à consommer de la batterie. Notre cerveau fonctionne parfois de manière similaire. Lorsqu'il reste mobilisé en permanence, il dépense une énergie considérable, même si cette activité est invisible.
Le cerveau ne sait pas toujours "se mettre en pause"
Chez certaines personnes, le cerveau passe très rapidement d'une préoccupation à une autre.
- Une tâche est terminée ? Il pense déjà à la suivante.
- Un problème est résolu ? Il en cherche un autre.
- Une inquiétude disparaît ? Une nouvelle apparaît.
Ce fonctionnement n'est pas volontaire. Le cerveau croit souvent qu'en restant vigilant, il protège la personne. Il cherche à anticiper les difficultés. À éviter les erreurs. À contrôler ce qui pourrait arriver.
Le problème est qu'un cerveau qui reste constamment mobilisé récupère beaucoup moins bien. Même pendant les moments de repos. Même pendant les vacances. Même le week-end. Le corps peut être installé dans le canapé. Mais si le cerveau continue à résoudre des problèmes, à anticiper ou à s'inquiéter, la récupération reste incomplète.
Ce n'est pas votre motivation qui est en panne
Lorsque l'on est épuisé(e), il est fréquent de penser : "Je devrais faire plus d'efforts." Pourtant, dans bien des situations, le problème n'est pas un manque de motivation. C'est un manque d'énergie.
Et ces deux choses sont très différentes. Une personne paresseuse n'a généralement pas envie de faire les choses. Une personne épuisée, elle, aimerait souvent retrouver son énergie. Elle aimerait ressortir, profiter de ses proches, reprendre une activité, faire du sport, avancer dans ses projets. Mais elle a le sentiment que son organisme ne suit plus.
Comprendre cette différence est essentiel. Car lorsque l'on confond fatigue psychique et manque de volonté, on ajoute souvent de la culpabilité à une souffrance déjà bien présente. Or, la culpabilité consomme elle aussi... de l'énergie.
Une fatigue qui mérite d'être écoutée
La fatigue est parfois perçue comme un obstacle qu'il faudrait ignorer. On se pousse, on se dit qu'il faut tenir, que cela passera, que l'on se reposera plus tard. Mais lorsque cette fatigue dure depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois, elle devient souvent un signal.
Non pas que quelque chose est "cassé" en vous. Mais que votre organisme essaie peut-être de vous dire qu'il fonctionne depuis trop longtemps en mode survie.
Écouter cette fatigue ne signifie pas renoncer. Cela signifie chercher à comprendre ce qui mobilise autant votre énergie. Car il est difficile de retrouver un véritable repos lorsque ce qui nous épuise continue d'agir en silence.
Comment le stress chronique épuise progressivement le corps
Lorsque nous parlons de stress, nous imaginons souvent une situation exceptionnelle : un examen, un entretien d'embauche, un conflit, une mauvaise nouvelle. Dans ces moments-là, notre organisme se mobilise naturellement pour nous permettre de faire face : le cœur bat plus vite, la respiration s'accélère, les muscles se tendent, notre attention devient plus importante. Cette réaction est normale. Elle est même indispensable à notre survie.
Le problème apparaît lorsque ce système d'alerte ne s'éteint plus complètement.
Notre organisme n'a pas été conçu pour rester en état d'alerte toute la journée
À l'origine, notre système de stress est prévu pour fonctionner sur de courtes périodes. Face à un danger, le cerveau active rapidement l'organisme. Puis, lorsque le danger disparaît, le corps retrouve progressivement son équilibre.
Aujourd'hui, les menaces sont souvent différentes. Il ne s'agit plus uniquement d'un danger physique.
Notre cerveau peut également réagir à :
- une inquiétude permanente ;
- une charge mentale importante ;
- un conflit qui dure ;
- des difficultés financières ;
- des responsabilités familiales ;
- un deuil ;
- une maladie ;
- une situation professionnelle difficile ;
- ou une succession de petites tensions qui finissent par s'accumuler.
Même si ces situations ne mettent pas directement notre vie en danger, notre cerveau peut les interpréter comme des éléments nécessitant une vigilance constante. Le système d'alerte reste alors activé beaucoup plus longtemps que prévu.
Être constamment sur le "qui-vive" demande énormément d'énergie
Imaginez un instant devoir rester en permanence attentif au moindre bruit, au moindre mouvement, au moindre changement autour de vous. Au bout de quelques heures seulement, cette vigilance deviendrait extrêmement fatigante. C'est pourtant ce que vivent de nombreuses personnes souffrant d'anxiété ou de stress chronique.
Sans toujours en avoir conscience, leur cerveau continue à surveiller. Il cherche les problèmes avant qu'ils n'arrivent, anticipe, analyse, vérifie, essaie d'éviter les erreurs. Autrement dit, il reste mobilisé comme si quelque chose d'important pouvait arriver à tout moment.
Cette vigilance permanente demande énormément de ressources. Et plus elle dure, plus la fatigue s'installe.
Le corps aussi finit par s'épuiser
Lorsque le cerveau reste longtemps en état d'alerte, ce n'est pas seulement notre esprit qui se fatigue. Notre corps participe lui aussi à cet effort permanent.
Certaines personnes décrivent par exemple :
- des tensions dans les épaules ou la nuque ;
- des mâchoires serrées sans s'en rendre compte ;
- une respiration courte ou superficielle ;
- des difficultés à relâcher les muscles ;
- une sensation d'être "toujours sous pression".
Le problème est que maintenir cette tension pendant des semaines ou des mois finit par demander énormément d'énergie. Le corps travaille en continu, même pendant les moments où l'on pense se reposer. Certaines personnes découvrent d'ailleurs seulement à quel point elles étaient tendues lorsqu'elles commencent enfin à retrouver un peu d'apaisement.
Pourquoi le repos ne suffit pas toujours
Bien sûr, le sommeil est essentiel. Mais lorsqu'un organisme reste en état d'alerte depuis longtemps, quelques nuits de sommeil supplémentaires ne suffisent pas toujours à retrouver son énergie. C'est un peu comme essayer de remplir une baignoire alors que le bouchon est encore ouvert. On ajoute de l'eau, mais elle continue à s'écouler.
De la même manière, si le cerveau continue à fonctionner comme s'il devait faire face à un danger permanent, il continue à consommer énormément d'énergie. Le repos devient alors moins récupérateur. Non pas parce qu'il est inutile. Mais parce que ce qui épuise l'organisme est toujours présent.
Comprendre avant de se juger
Lorsqu'une fatigue dure, beaucoup de personnes se reprochent de ne plus être "comme avant". Elles se comparent, se forcent, culpabilisent. Pourtant, cette fatigue n'est pas forcément le signe d'un manque de volonté. Elle peut être le reflet d'un organisme qui fonctionne depuis longtemps avec un niveau de vigilance beaucoup trop élevé.
Comprendre cela ne fait pas disparaître la fatigue du jour au lendemain. En revanche, cela change souvent le regard que l'on porte sur soi. Au lieu de penser : "Je suis faible." Il devient possible de se dire : "Mon corps et mon cerveau essaient peut-être simplement de récupérer après une longue période de stress." Et ce changement de regard est souvent le début d'une relation plus bienveillante avec soi-même.
Les émotions que l'on porte en silence épuisent aussi
Lorsque l'on parle de fatigue, on pense spontanément au manque de sommeil, au travail ou au stress. Mais il existe une autre forme d'épuisement, beaucoup plus discrète : L'épuisement émotionnel. Il ne se voit pas et ne laisse pas de traces visibles. Et pourtant, il peut être tout aussi intense qu'une fatigue physique.
Certaines personnes passent une grande partie de leur journée à essayer de tenir : à faire bonne figure, à cacher leurs inquiétudes, à retenir leurs larmes, à continuer malgré tout. Vu de l'extérieur, elles semblent gérer. Mais intérieurement, elles mobilisent une énergie considérable.
"Je tiens... mais à quel prix ?"
Il arrive que l'on s'habitue tellement à prendre sur soi que l'on ne réalise même plus l'effort que cela représente. Certaines personnes ont appris très tôt à ne pas montrer leurs émotions. Par peur d'inquiéter, par peur d'être jugées. Parce qu'elles ont entendu : "Il faut être fort.", "Ne te plains pas.", "Il y a pire.", "Tu vas finir par passer à autre chose."
Petit à petit, elles développent l'habitude de tout garder à l'intérieur. Elles continuent à travailler, à s'occuper des autres, à remplir leurs responsabilités. Tout en portant une souffrance dont personne ne mesure réellement le poids.
Ce fonctionnement permet parfois de tenir... pendant un temps. Mais il demande énormément d'énergie.
Le cerveau ne fait pas disparaître les émotions parce qu'on les ignore
Beaucoup de personnes pensent que si elles évitent de penser à ce qui les fait souffrir, elles finiront par aller mieux. Nos émotions ne fonctionnent pas de cette manière. Une émotion que l'on repousse ne disparaît pas, elle continue d'exister en arrière-plan jusqu'à ce qu'elle soit écoutée et comprise.
Le cerveau reste mobilisé. Le corps reste en tension. Sans même que nous en ayons pleinement conscience.
Certaines personnes décrivent d'ailleurs une fatigue permanente sans réussir à identifier ce qui les épuise réellement. Puis, au cours d'une conversation ou d'une séance, les émotions commencent à être exprimées. Les larmes arrivent et les mots sortent enfin. Et beaucoup disent ensuite : "Je ne pensais pas que je portais tout cela depuis si longtemps."
Ce n'est pas parce que l'on parle d'une émotion qu'elle devient plus forte. C'est souvent parce qu'elle était déjà présente, mais qu'elle demandait énormément d'énergie pour être contenue.
Faire semblant d'aller bien est parfois très fatigant
Certaines personnes sourient toute la journée et répondent qu'elles vont bien. Alors qu'au fond, elles se sentent épuisées. Elles continuent à assumer leur rôle de parent, de conjoint, de collègue ou d'ami, rendent service, écoutent les autres, mais elles n'osent plus dire qu'elles-mêmes ne vont pas bien.
Maintenir cette image demande parfois un effort considérable. Chaque interaction devient une forme d'adaptation. Il faut choisir ses mots, contrôler ses émotions, donner le change. Ce travail invisible finit, lui aussi, par consommer beaucoup d'énergie.
Les émotions ne demandent pas toujours à être "réglées"
Lorsque nous ressentons une émotion désagréable, notre premier réflexe est souvent de vouloir la faire disparaître.
- La tristesse devient un problème à résoudre.
- La colère quelque chose qu'il ne faudrait pas ressentir.
- La peur une faiblesse dont il faudrait se débarrasser.
Pourtant, une émotion n'est pas une erreur de notre cerveau. Elle est un signal, un message à écoutée. Elle n'est ni mauvaise ou bonne, elle est neutre. Elle nous informe sur ce que nous vivons, sur ce qui est important pour nous ou sur ce qui nous a blessés.
Chercher systématiquement à supprimer une émotion peut parfois devenir une lutte permanente. Et cette lutte demande elle aussi de l'énergie.
Les approches comme l'ACT nous invitent à adopter une autre posture. Non pas subir ses émotions, mais apprendre progressivement à leur faire une place, sans qu'elles dirigent toutes nos décisions.
Paradoxalement, beaucoup de personnes découvrent qu'en arrêtant de lutter constamment contre ce qu'elles ressentent, elles commencent peu à peu à se sentir moins épuisées.
Prendre soin de ses émotions, ce n'est pas être faible
Pendant longtemps (et encore parfois aujourd'hui, dans notre société occidentale), on a parfois laissé croire qu'une personne forte était une personne qui ne montrait rien.
Pourtant, les choses sont bien plus nuancées.
- Reconnaître sa fatigue.
- Accepter de demander de l'aide.
- Dire que l'on traverse une période difficile.
- Exprimer ce que l'on ressent auprès d'une personne de confiance.
Ce ne sont pas des signes de faiblesse. Ce sont souvent des façons de prendre soin de soi avant que l'épuisement ne devienne trop important.
Prendre soin de sa santé psychique ne consiste pas seulement à gérer son emploi du temps ou à mieux dormir. C'est aussi apprendre à écouter ce qui se passe à l'intérieur de soi, avec davantage de bienveillance et moins de jugement.
La charge mentale : quand le cerveau ne s'autorise jamais à se reposer
Lorsque l'on parle de charge mentale, beaucoup pensent immédiatement aux listes de tâches (faire les courses, penser aux rendez-vous, préparer les repas, s'occuper des enfants, répondre aux messages, organiser la semaine.) Bien sûr, tout cela fait partie de la charge mentale, mais elle ne se résume pas à ce que l'on fait. Elle correspond aussi à tout ce que notre cerveau garde en mémoire, anticipe et surveille en permanence. Et cette activité est souvent invisible, même pour la personne qui la vit.
Penser à tout... tout le temps
Certaines personnes ont l'impression que leur cerveau fonctionne comme un agenda ouvert en permanence. À peine une tâche est-elle terminée qu'une autre apparaît.
- "Il ne faut pas oublier de rappeler cette personne."
- "Je dois penser à prendre ce rendez-vous."
- "Il faudra préparer le repas de demain."
- "Je n'ai pas répondu à ce message."
- "Il faudrait aussi que je fasse..."
Ces pensées ne sont pas forcément envahissantes une par une. C'est leur accumulation qui finit par devenir épuisante. Le cerveau passe son temps à garder des informations actives, à les mettre à jour et à vérifier qu'aucune ne soit oubliée. Même lorsque l'on regarde un film ou que l'on essaie de se détendre, une partie de l'esprit continue parfois à travailler.
Le cerveau continue souvent de travailler... sans que l'on s'en rende compte
Nous avons parfois l'impression de nous reposer parce que nous sommes assis, allongés ou que nous ne faisons rien de particulier. Pourtant, notre activité mentale ne s'arrête pas forcément.
Le cerveau peut continuer à :
- organiser la journée du lendemain ;
- revenir sur une discussion ;
- préparer différentes possibilités ;
- imaginer ce qu'il faudra faire plus tard ;
- surveiller ce qui pourrait poser problème ;
- ou simplement passer d'une pensée à une autre sans véritable pause.
Cette activité est en grande partie automatique. Autrement dit, vous ne choisissez pas consciemment de penser à tout cela. Votre cerveau le fait parce qu'il essaie d'anticiper, d'organiser ou de résoudre des problèmes. Dans certaines situations, cette capacité est très utile. Mais lorsqu'elle fonctionne en continu, elle finit par devenir très coûteuse en énergie.
La métacognition : quand le cerveau surveille... son propre fonctionnement
Il existe un mécanisme dont on parle peu, mais qui joue un rôle important dans certaines formes de fatigue mentale : la métacognition.
La métacognition correspond, en quelque sorte, à la manière dont nous observons, analysons ou jugeons notre propre fonctionnement mental.
Par exemple :
- "Pourquoi est-ce que je pense encore à ça ?"
- "Je réfléchis beaucoup trop."
- "Je devrais réussir à arrêter de penser."
- "Pourquoi je n'arrive pas à lâcher prise ?"
Autrement dit, le cerveau ne se contente plus de produire des pensées. Il commence aussi à surveiller ses propres pensées. À les analyser, à essayer de les contrôler. Ce fonctionnement demande lui aussi beaucoup d'énergie. Car le cerveau reste occupé... à réfléchir sur le fait qu'il réfléchit.
Dans certaines approches thérapeutiques, notamment la thérapie métacognitive, on travaille justement à modifier cette relation aux pensées plutôt que de chercher à toutes les contrôler.
Vouloir tout contrôler finit souvent par épuiser
Lorsque l'on porte beaucoup de responsabilités ou que l'on a vécu des périodes difficiles, il est fréquent de développer un besoin de contrôle. Ce besoin part souvent d'une bonne intention : éviter les erreurs, protéger ses proches, ne rien oublier, anticiper les difficultés. Mais ce fonctionnement a un coût, car vouloir tout prévoir est une mission impossible. Il y aura toujours un imprévu, une incertitude, quelque chose que l'on ne pourra pas maîtriser.
Et plus notre cerveau essaie de contrôler l'incontrôlable, plus il travaille. Certaines personnes ont alors le sentiment d'être constamment "en service", même lorsqu'elles ne font rien. Comme si leur cerveau refusait de terminer sa journée.
Se reposer, ce n'est pas seulement arrêter de faire
Beaucoup s'accordent enfin une soirée ou un week-end de repos. Pourtant, elles ne récupèrent pas vraiment. Pourquoi ? Parce que le corps s'est arrêté, mais pas le cerveau.
Le véritable repos ne consiste pas uniquement à interrompre son activité physique. Il consiste aussi à permettre progressivement à son esprit de sortir de ce mode permanent d'anticipation, de surveillance et de résolution de problèmes. C'est d'ailleurs pour cette raison que certaines personnes reviennent de vacances toujours aussi fatiguées. Elles ont changé de lieu, mais leur cerveau, lui, est resté au travail.
Retrouver de l'énergie passe aussi par une nouvelle relation avec son esprit
Nous pensons souvent que récupérer consiste à faire moins. Parfois, c'est vrai. Mais il est tout aussi important d'apprendre à faire autrement.
- Toutes les pensées ne demandent pas une réponse.
- Toutes les inquiétudes ne demandent pas une solution immédiate.
- Toutes les émotions ne demandent pas à être supprimées.
Progressivement, il est possible d'apprendre à laisser certaines pensées passer sans les suivre, à accepter qu'une part d'incertitude fasse partie de la vie et à revenir plus souvent dans le moment présent.
Ce changement de relation avec notre activité mentale ne fait pas disparaître toutes les difficultés. En revanche, il permet souvent de libérer une énergie qui était jusqu'alors mobilisée dans une lutte permanente contre soi-même.
Comment retrouver progressivement son énergie ?
Lorsque l'on est épuisé(e), le premier réflexe est souvent de vouloir retrouver rapidement son niveau d'énergie d'avant. On aimerait se réveiller un matin en se sentant enfin reposé(e), retrouver sa motivation, son envie, son dynamisme. Mais lorsque cette fatigue est installée depuis longtemps, le changement est généralement plus progressif. Et c'est une bonne nouvelle. Car cela signifie qu'il ne s'agit pas de "tenir encore un peu", mais de comprendre ce qui entretient cet épuisement afin d'agir à la source.
Commencer par écouter ce que cette fatigue essaie de vous dire
Nous avons souvent appris à considérer la fatigue comme un obstacle. Quelque chose qu'il faudrait dépasser, ignorer ou combattre. Pourtant, une fatigue persistante est souvent un signal.
Elle peut indiquer que votre organisme fonctionne depuis longtemps avec un niveau de stress trop important, que vous portez une charge mentale devenue difficile à soutenir ou que vous traversez une période émotionnellement éprouvante.
Écouter cette fatigue ne signifie pas s'y résigner. Cela signifie essayer de comprendre ce qui, dans votre quotidien, mobilise autant votre énergie. Cette question est souvent plus utile que de se demander : "Pourquoi suis-je incapable d'en faire plus ?"
Accepter que l'on ne puisse pas tout contrôler
Lorsque l'on est anxieux(se) ou perfectionniste, une grande partie de l'énergie est souvent consacrée à essayer de prévoir, d'anticiper ou d'éviter les difficultés. Sur le moment, cela peut donner l'impression de mieux gérer, mais à long terme, cette vigilance permanente devient extrêmement coûteuse.
Plutôt que de chercher à éliminer toutes les pensées inconfortables ou toutes les incertitudes, elle invite progressivement à faire de la place à ce qui ne peut pas être contrôlé. Cela ne signifie pas renoncer, mais choisir où investir son énergie. Car chaque minute passée à lutter contre une pensée ou contre une émotion est une minute d'énergie qui n'est plus disponible pour vivre pleinement ce qui compte vraiment.
Revenir progressivement dans le moment présent
Lorsque le cerveau est épuisé, il passe souvent beaucoup de temps ailleurs. Il repense au passé, anticipe l'avenir, imagine différents scénarios, cherche des solutions. Pendant ce temps, le présent passe parfois au second plan.
Les approches basées sur la pleine conscience ne cherchent pas à vider le cerveau. Elles apprennent plutôt à reconnaître que les pensées sont présentes, sans leur laisser systématiquement toute la place.
Revenir quelques instants à sa respiration. Observer ce qui nous entoure. Prêter attention à une activité du quotidien. Ces moments peuvent sembler simples. Pourtant, ils offrent progressivement au cerveau de véritables espaces de récupération.
Non pas parce que les pensées disparaissent. Mais parce qu'elles ne mobilisent plus toute notre attention.
Retrouver de l'énergie passe aussi par l'action
Cela peut sembler paradoxal. Lorsqu'on est fatigué(e), on pense souvent qu'il faut attendre d'avoir retrouvé de l'énergie pour recommencer à vivre. En réalité, les recherches en psychologie montrent souvent l'inverse. Lorsque l'on réduit progressivement ses activités parce que l'on est épuisé(e), on ressent parfois un soulagement immédiat.
Mais si cette réduction devient durable, elle peut également entretenir la perte d'énergie, le découragement et l'isolement. Les TCC proposent souvent de reprendre progressivement des activités, non pas en cherchant à "faire plus", mais en choisissant des actions adaptées à son niveau d'énergie du moment.
Il ne s'agit pas de remplir son agenda. Il s'agit de remettre progressivement du mouvement dans un quotidien qui s'est parfois beaucoup restreint : quelques minutes de marche, un appel à un proche, une activité agréable laissée de côté, un moment passé dehors. Ces petites actions peuvent sembler anodines.
Pourtant, elles envoient progressivement au cerveau un message important : La vie ne se résume pas à survivre.
Faire preuve de la même bienveillance envers soi qu'envers les autres
Une chose revient très souvent en consultation. Lorsque je demande : "Que diriez-vous à un proche qui vivrait exactement la même situation que vous ?"
Les réponses sont presque toujours pleines de compréhension.
- "Je lui dirais de prendre soin de lui."
- "Je lui dirais qu'il fait déjà de son mieux."
- "Je lui dirais qu'il n'est pas faible."
Pourtant, lorsqu'il s'agit de soi-même, le discours devient souvent beaucoup plus sévère.
- "Je devrais faire plus."
- "Je n'avance pas assez vite."
- "Je suis nul(le)."
Cette différence est importante, car vivre avec une voix intérieure très critique demande énormément d'énergie. Apprendre progressivement à se parler avec davantage de bienveillance ne résout pas tous les problèmes. Mais cela permet souvent de ne plus ajouter de souffrance à une souffrance déjà présente.
Il n'est pas toujours nécessaire de traverser cela seul(e)
Lorsque la fatigue s'installe durablement, il peut devenir difficile de retrouver seul(e) le chemin vers un meilleur équilibre. Non pas par manque de volonté, mais parce que l'on est parfois tellement habitué à fonctionner en mode "survie" que l'on ne voit plus ce qui entretient cet épuisement.
Un accompagnement thérapeutique offre justement un espace pour prendre du recul.
- Comprendre les mécanismes en jeu.
- Identifier ce qui épuise réellement votre énergie.
- Et avancer progressivement vers des changements adaptés à votre situation.
Il ne s'agit pas de recevoir des conseils tout faits. Il s'agit de construire, ensemble, une manière de retrouver un équilibre plus durable, en respectant votre rythme et votre histoire.
En résumé : être toujours épuisé(e) n'est pas un manque de volonté
Si vous vous reconnaissez dans cet article, vous vous êtes peut-être longtemps demandé pourquoi vous vous sentiez si fatigué(e).
Pourquoi vous avez l'impression de manquer d'énergie alors que vous dormez parfois suffisamment.
Pourquoi des tâches simples vous demandent autant d'efforts.
Pourquoi vous n'arrivez plus à récupérer, même pendant les week-ends ou les vacances.
Cette fatigue est souvent source de culpabilité. On finit par se comparer aux autres. À se demander pourquoi eux semblent avancer plus facilement. À penser que l'on manque de motivation, que l'on est devenu(e) paresseux(se) ou que l'on devrait simplement "faire un effort".
Pourtant, lorsque l'on comprend le fonctionnement du stress chronique, de l'anxiété, de la charge mentale ou de l'épuisement émotionnel, un autre regard devient possible.
Votre organisme ne manque peut-être pas de volonté. Il manque peut-être simplement de ressources.
Ce qu'il est important de retenir
Si vous êtes constamment fatigué(e), voici quelques idées essentielles à garder en tête.
- La fatigue psychique est une véritable fatigue
Même si elle ne se voit pas, elle est bien réelle. Penser en permanence, anticiper, gérer plusieurs préoccupations à la fois, contenir ses émotions ou rester constamment en état d'alerte demande énormément d'énergie. Cette dépense est invisible, mais elle est tout aussi réelle qu'un effort physique.
- Le repos ne consiste pas uniquement à dormir
Le sommeil est indispensable. Mais lorsque le cerveau continue à fonctionner en permanence, quelques heures de sommeil supplémentaires ne suffisent pas toujours à retrouver son énergie. Le véritable repos passe aussi par une diminution progressive de la vigilance, de la lutte contre les pensées et de la charge mentale que l'on porte au quotidien.
- Vous n'avez pas à culpabiliser de cette fatigue
Il est fréquent de penser : "Je devrais réussir à faire plus." Pourtant, cette culpabilité ajoute souvent une charge supplémentaire à un organisme déjà épuisé. Se traiter avec davantage de compréhension ne signifie pas renoncer. Cela permet au contraire de sortir progressivement d'un cercle où l'on s'épuise autant à lutter contre soi-même qu'à faire face aux difficultés du quotidien.
Retrouver de l'énergie est un processus
Lorsque la fatigue est installée depuis longtemps, il est rare qu'elle disparaisse du jour au lendemain. Retrouver un meilleur équilibre demande souvent du temps. Cela passe par une meilleure compréhension de son fonctionnement, par des changements progressifs dans son quotidien et, parfois, par un accompagnement adapté.
Les approches comme les Thérapies Cognitives et Comportementales (TCC), l'Acceptance and Commitment Therapy (ACT) ou les approches basées sur la pleine conscience permettent notamment d'identifier ce qui entretient cet épuisement et d'apprendre progressivement à développer une relation plus apaisée avec ses pensées, ses émotions et son stress.
L'objectif n'est pas de supprimer toute fatigue. Il est de retrouver suffisamment d'énergie pour pouvoir vivre une vie qui vous ressemble, plutôt qu'une vie entièrement consacrée à tenir.
Si vous vous reconnaissez dans cet article
Si cette fatigue est devenue votre quotidien, sachez que vous n'avez pas à la traverser seul(e).
Comprendre ce qui se passe est souvent une première étape importante, mais il est parfois difficile d'avancer seul(e), surtout lorsque l'épuisement est installé depuis longtemps.
Si vous souhaitez approfondir ces mécanismes, je vous invite également à consulter ma page consacrée.
→ Découvrir mon accompagnement du stress chronique et de la charge mentale
Dans lequel j'explique plus en détail comment ces fonctionnements peuvent s'installer et les différentes approches thérapeutiques qui peuvent aider à retrouver un équilibre plus durable.
Et si vous ressentez simplement le besoin d'échanger avant d'envisager un accompagnement, vous pouvez également me contacter par e-mail.
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