Maman isolée et dépression : quand la solitude, la charge mentale et l'épuisement deviennent trop lourds
Comprendre pourquoi une mère peut se sentir seule, épuisée ou déprimée, même lorsqu'elle est entourée, et comment retrouver progressivement du soutien et un élan.
Une précision avant de commencer : dans cet article, j'emploie principalement le terme "maman" car ce sont notamment des mères que j'accompagne dans ma pratique. Mais l'épuisement parental, la charge mentale et les difficultés évoquées ici peuvent bien évidemment concerner aussi les pères. Chaque parent peut être amené, à un moment de sa vie, à se sentir dépassé, épuisé ou à bout.
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Être maman peut être une expérience profondément riche, mais aussi une période de grands bouleversements. Le quotidien change, les priorités se déplacent, les responsabilités augmentent et il devient parfois difficile de trouver du temps pour soi.
Certaines mères vivent ces changements avec le sentiment d'être constamment sollicitées. Elles pensent à ce qu'il faut faire, anticipent les besoins des enfants, organisent le quotidien, gèrent les imprévus et essaient malgré tout de continuer à travailler, à entretenir leurs relations et à prendre soin de leur famille.
Et parfois, quelque chose se fragilise.
- On peut être entourée et pourtant se sentir profondément seule.
- On peut aimer ses enfants et ne plus avoir d'énergie.
- On peut avoir une famille présente et avoir l'impression que personne ne comprend réellement ce que l'on traverse.
- On peut continuer à faire tout ce qu'il faut en apparence, tout en se sentant intérieurement vide, épuisée ou déconnectée de soi-même.
Certaines mères commencent alors à se demander :
- "Pourquoi est-ce que je me sens comme ça ?"
- "Pourquoi je n'arrive plus à profiter de mes enfants ?"
- "Pourquoi ai-je envie de m'isoler alors que je sais que j'aurais besoin d'aide ?"
- "Est-ce que je suis simplement épuisée ou est-ce que je fais une dépression ?"
Ces questions peuvent être difficiles à poser, notamment lorsque l'on a le sentiment que l'on devrait être heureuse d'être maman.
Pourtant, ressentir de la tristesse, une grande fatigue, une perte d'envie, de l'irritabilité ou le besoin de se retirer ne signifie pas que l'on aime moins ses enfants ou que l'on est une mauvaise mère.
Ces manifestations peuvent avoir différentes causes. Elles peuvent être liées à une période d'épuisement, à une surcharge mentale importante, à un isolement progressif, à des difficultés personnelles ou relationnelles, mais aussi parfois à une dépression.
La dépression (seul un médecin peut poser ce diagnostique) peut également survenir pendant la grossesse ou après la naissance d'un enfant. On parle alors notamment de dépression périnatale ou de dépression du post-partum. Mais les difficultés psychologiques d'une mère ne s'arrêtent pas aux premiers mois suivant l'accouchement. Une souffrance dépressive peut apparaître ou réapparaître à différentes étapes de la vie.
Comprendre ce qui se passe permet déjà de sortir d'une première confusion : être une maman isolée, être épuisée et être déprimée ne sont pas exactement la même chose, même si ces expériences peuvent parfois s'entremêler.
Et pour certaines femmes, mettre des mots sur ce qu'elles vivent constitue déjà une première façon de ne plus rester seules avec cette expérience.
Maman isolée : pourquoi peut-on se sentir seule même lorsqu'on est entourée ?
L'isolement ne signifie pas forcément ne voir personne. Une mère peut avoir un conjoint, des enfants, une famille, des collègues, quelques amis et pourtant ressentir une profonde solitude.
Parce que la solitude n'est pas seulement une question de quantité de contacts. Elle concerne aussi la qualité du lien et le sentiment d'être réellement comprise, soutenue et entendue.
- On peut passer une journée entière avec ses enfants sans avoir une seule véritable conversation avec un adulte.
- On peut échanger régulièrement avec son entourage, tout en gardant pour soi ce qui est le plus difficile.
- On peut recevoir des conseils alors que l'on aurait surtout besoin d'être écoutée.
- Ou encore entendre : "Tu devrais profiter, ils grandissent tellement vite." alors que, intérieurement, on essaie simplement de tenir jusqu'au soir.
La maternité peut progressivement réduire l'espace disponible pour les autres
Après l'arrivée d'un enfant, certaines relations changent. Les sorties deviennent plus compliquées. Les horaires sont différents. La fatigue réduit l'envie de voir du monde. Les conversations tournent davantage autour des enfants. Certaines amitiés deviennent moins spontanées.
Ce changement peut être temporaire, mais lorsqu'il s'installe, la mère peut progressivement perdre certains espaces dans lesquels elle existait auparavant autrement que comme parent. Elle peut avoir moins de moments pour parler de ses envies, de ses préoccupations, de son couple, de son travail, de ses projets ou simplement de ce qu'elle ressent.
Petit à petit, son univers peut se rétrécir. Et plus le quotidien devient centré sur les obligations, plus il peut être difficile de retrouver spontanément une vie sociale qui apporte du plaisir et du soutien.
Être entourée ne signifie pas forcément se sentir soutenue
Une autre difficulté apparaît lorsque l'entourage est présent, mais que la mère ne parvient pas à exprimer ce qu'elle vit. Certaines femmes ont appris à gérer, à ne pas déranger, à ne pas se plaindre ou à continuer malgré la fatigue.
Elles peuvent alors répondre automatiquement : Ça va. Je suis juste fatiguée. C'est une période chargée. Etc. À force de minimiser ce que l'on ressent, il devient parfois difficile pour les autres de mesurer l'ampleur de la souffrance.
Un cercle peut alors se mettre en place :
Je ne vais pas bien → je n'en parle pas vraiment → mon entourage ne mesure pas ce que je vis → je me sens peu comprise → je me replie davantage → je demande encore moins d'aide.
L'isolement peut ainsi devenir progressivement émotionnel avant même de devenir social.
La comparaison peut renforcer le sentiment d'être seule
Les représentations de la maternité jouent également un rôle. Voir d'autres mères qui semblent tout gérer, organiser des activités avec leurs enfants, travailler, entretenir leur maison, avoir une vie sociale et prendre soin d'elles peut donner l'impression d'être la seule à ne pas y arriver.
Mais nous comparons souvent notre expérience intérieure à l'image extérieure des autres.
Nous voyons ce qu'elles montrent. Nous ne voyons pas nécessairement leur fatigue, leurs doutes, leurs difficultés ou ce qu'elles vivent lorsqu'elles sont seules.
Cette comparaison peut renforcer une pensée douloureuse : Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi. Et lorsqu'une mère commence à avoir honte de ce qu'elle ressent, elle peut avoir encore plus de mal à en parler.
C'est ainsi que la solitude peut devenir plus profonde : non seulement on se sent seule, mais on commence à penser que l'on est seule à vivre cela.
Quand la maternité prend toute la place
Devenir mère ne signifie pas seulement avoir davantage de choses à faire. Cela signifie aussi avoir davantage de choses auxquelles penser : Les rendez-vous médicaux, les vêtements à prévoir, les repas, les activités, les horaires, les devoirs, les vacances, les courses, les besoins des enfants, les imprévus,... (Même si de plus en plus de pères prennent conscience que cette charge leur incombe également et s'engagent davantage dans sa gestion au quotidien.)
Et souvent, ce qui épuise le plus n'est pas uniquement de réaliser ces tâches. C'est de devoir y penser avant même qu'elles aient lieu. C'est ce que l'on appelle couramment la charge mentale.
La charge mentale, c'est avoir constamment quelque chose en tête
La charge mentale correspond notamment au fait de devoir anticiper, organiser, planifier et surveiller tout ce qui concerne la vie quotidienne. Une mère peut être assise quelques minutes sur le canapé et pourtant ne pas être réellement au repos.
Son corps est immobile, mais son esprit continue : Il faut que je pense au rendez-vous de demain. Est-ce qu'il reste assez de couches ? Il faut préparer les affaires pour lundi. Je dois répondre au message de l'école. Qu'est-ce que je vais faire à manger ce soir ? Il faudrait aussi que je prenne rendez-vous pour moi.
Ce fonctionnement peut devenir tellement habituel qu'il est parfois difficile de réaliser à quel point il mobilise de l'énergie. Même lorsqu'elle ne fait rien de particulier, une mère peut avoir l'impression de ne jamais être véritablement déconnectée.
Le cerveau reste en mode anticipation
Anticiper permet normalement de s'organiser et de résoudre des problèmes. Le problème apparaît lorsque cette anticipation devient presque permanente.
Le cerveau passe alors une grande partie de son temps à rechercher ce qui pourrait manquer, ce qui pourrait être oublié ou ce qu'il faudra gérer ensuite. Cette vigilance peut donner la sensation d'avoir le cerveau toujours en marche.
Et lorsqu'une personne est déjà fatiguée, cette activité mentale devient encore plus coûteuse. Elle doit prendre des décisions, se souvenir de nombreuses informations, changer régulièrement de priorité et répondre à des sollicitations parfois imprévisibles. À la longue, elle peut avoir la sensation d'être saturée.
Ce n'est alors pas nécessairement qu'elle ne veut plus rien faire. C'est parfois qu'elle n'a plus beaucoup de disponibilité mentale pour faire face à une chose supplémentaire.
Quand il devient difficile de penser à soi
Un autre mécanisme peut progressivement s'installer. Plus les besoins des autres occupent de place, moins il reste d'espace pour identifier les siens.
La question : De quoi mon enfant a-t-il besoin ? peut devenir automatique.
Mais : De quoi ai-je besoin, moi ? peut devenir beaucoup plus difficile à entendre.
Certaines mères finissent par ne plus savoir ce qui leur ferait du bien.
Elles savent ce qu'il faut acheter, organiser, prévoir ou faire pour les autres, mais lorsqu'on leur demande ce dont elles auraient besoin pour elles-mêmes, elles répondent parfois : Je ne sais pas.
Ce " je ne sais pas " n'est pas forcément un manque de connaissance de soi. Il peut aussi refléter le fait d'avoir passé beaucoup de temps à se mettre en arrière-plan.
Le repos lui-même peut devenir difficile
Lorsque l'esprit est habitué à fonctionner dans l'anticipation, s'arrêter peut provoquer une sensation étrange. Une mère peut enfin avoir un moment de calme et constater qu'elle ne parvient pas réellement à en profiter.
- Elle pense à ce qu'elle devrait faire.
- Elle culpabilise de ne pas avancer.
- Elle remarque tout ce qui reste à gérer.
- Ou elle profite du calme pour repasser mentalement sa journée.
Le repos devient alors une nouvelle occasion de penser.
Et lorsqu'il n'y a plus beaucoup de moments où le cerveau peut véritablement relâcher son attention, la fatigue peut progressivement s'accumuler.
" Je n'ai plus de temps pour moi " peut cacher autre chose
On parle souvent du manque de temps des mères. Mais parfois, la difficulté ne concerne pas uniquement le nombre d'heures disponibles. Elle concerne aussi la place psychique occupée par les autres.
Même lorsqu'un moment se libère, il peut être difficile de l'utiliser pour soi.
- Parce qu'il reste des choses à faire.
- Parce qu'on se sent responsable.
- Parce qu'on pense que quelqu'un d'autre a davantage besoin de nous.
- Ou simplement parce que l'on ne sait plus très bien ce que l'on aimerait faire.
C'est ainsi qu'une mère peut progressivement avoir le sentiment que sa vie est devenue une succession de responsabilités, sans véritable espace pour récupérer, réfléchir, ressentir ou simplement exister en dehors de son rôle.
Et lorsque cette situation dure, ce n'est pas seulement la fatigue qui peut augmenter. Le risque est aussi de perdre progressivement le contact avec ce qui procure du plaisir, du repos, du lien ou un sentiment d'exister pour soi.
C'est l'une des raisons pour lesquelles il est important de ne pas réduire la souffrance d'une mère à un simple problème d'organisation. Parfois, derrière " je n'en peux plus ", il y a aussi une accumulation invisible de pensées, de décisions, d'anticipations et de besoins personnels constamment repoussés.
" Je ne me reconnais plus " : quand la maternité prend toute la place
Certaines mères ne commencent pas par dire qu'elles sont déprimées.
Elles disent plutôt : Je ne sais plus qui je suis. Je ne suis plus la même qu'avant. J'ai l'impression d'avoir disparu derrière mon rôle de maman. Cette sensation peut être difficile à expliquer. Pourtant, elle est importante.
Devenir mère transforme profondément le quotidien, mais aussi la manière dont on se perçoit. Les priorités changent, les responsabilités augmentent et l'identité de mère devient naturellement une part importante de soi.
Le problème n'est pas d'être devenue maman. Il peut apparaître lorsque toutes les autres dimensions de soi commencent progressivement à disparaître.
Avant d'être mère, il y avait aussi une personne
Avant la maternité, il y avait peut-être une femme qui avait ses habitudes, ses projets, ses envies, ses relations, son travail, ses loisirs, sa sexualité, ses ambitions ou simplement ses moments seule.
Après la naissance d'un enfant, certaines de ces dimensions passent temporairement au second plan.
C'est normal.
Ce qui peut devenir plus difficile, c'est lorsqu'elles restent durablement mises de côté sans que la mère puisse retrouver un espace pour les faire exister à nouveau.
- Elle peut alors finir par ne plus savoir ce qui lui plaît.
- Ne plus avoir envie de sortir.
- Ne plus prendre le temps de voir certaines personnes.
- Ne plus avoir de projet personnel.
- Ne plus savoir ce qu'elle ferait si elle avait une journée entièrement pour elle.
Et cette perte de repères peut être vécue comme une véritable déconnexion de soi.
" Tout tourne autour des enfants "
Lorsque le quotidien est organisé presque exclusivement autour des besoins des enfants, il peut devenir difficile de distinguer ce qui relève du rôle de mère de ce qui appartient encore à la personne elle-même.
Certaines femmes peuvent avoir le sentiment d'être devenues uniquement : la maman de… la personne qui organise… la personne qui pense à tout… la personne dont tout le monde a besoin.
Cette place est importante, mais elle ne devrait pas avoir à effacer toutes les autres.
Une mère peut aimer profondément ses enfants et avoir besoin d'une vie qui ne se résume pas à eux. Ces deux réalités ne sont pas contradictoires.
Quand les besoins personnels deviennent difficiles à identifier
Il arrive également qu'une mère soit tellement habituée à répondre aux besoins des autres qu'elle ne prête plus attention aux siens.
- Elle peut savoir immédiatement ce dont son enfant a besoin.
- Elle peut anticiper ce qui fera plaisir à son conjoint.
- Elle peut connaître les attentes de son entourage.
Mais lorsqu'on lui demande : Et toi, de quoi as-tu besoin ?
La réponse peut être beaucoup plus difficile.
Parfois, il n'y a simplement plus de réponse claire. Ce n'est pas nécessairement que les besoins ont disparu. C'est qu'ils ont été tellement souvent repoussés qu'il devient difficile de les percevoir.
La culpabilité peut empêcher de retrouver sa place
Même lorsqu'une mère commence à ressentir le besoin de retrouver du temps pour elle, une autre difficulté peut apparaître : la culpabilité : Je devrais être avec mes enfants. J'ai déjà assez de choses à faire. Je n'ai pas le droit de penser à moi alors qu'ils ont besoin de moi. Je suis égoïste si je prends du temps pour moi.
Ces pensées peuvent donner l'impression qu'il faudrait choisir entre être une bonne mère et prendre soin de soi...
Pourtant, prendre soin de soi ne signifie pas se détourner de ses enfants. Une mère reste une personne avec des besoins physiques, émotionnels, relationnels et psychologiques. Les reconnaître ne diminue pas l'amour qu'elle porte à ses enfants.
Comment voulez-vous prendre soin de vos enfants si vous ne prenez pas soin, d'abord, de vous ? Comment avoir l'énergie nécessaire pour votre rôle de mère si vos ressources de femme sont à plat ?
Prendre soin de vous engendrera une fluidité dans votre rôle de mère.
Quand la perte de soi s'accompagne d'une perte d'envie
C'est aussi ici qu'il faut être attentive à un changement plus profond. Ne plus avoir le temps de faire certaines choses est une réalité fréquente lorsque l'on devient mère.
Mais ne plus avoir envie de rien, ne plus éprouver de plaisir pour des activités que l'on aimait auparavant, se sentir constamment vide ou indifférente, se désintéresser progressivement des autres ou avoir le sentiment que plus rien n'a vraiment d'importance peuvent signaler une souffrance qui mérite d'être prise au sérieux.
Ces signes ne permettent pas à eux seuls de conclure à une dépression. Mais lorsqu'ils s'installent, s'intensifient et commencent à modifier profondément la vie quotidienne, il devient important de ne pas simplement se dire : C'est ça, être maman.
La maternité peut être exigeante. Elle ne devrait pas obliger à disparaître complètement de sa propre vie.
Pourquoi l'isolement peut-il favoriser la dépression ?
Se sentir seule ne signifie pas forcément être déprimée. Mais lorsqu'une mère reste longtemps isolée, épuisée ou privée de relations qui lui apportent du soutien, plusieurs mécanismes peuvent progressivement se renforcer.
- Elle sort moins.
- Elle voit moins de personnes.
- Elle fait moins de choses qui lui procurent habituellement du plaisir.
- Elle parle moins de ce qu'elle ressent.
- Elle a moins d'occasions de souffler ou de prendre du recul.
Et plus elle se sent mal, moins elle a parfois l'énergie nécessaire pour aller vers les autres.
Un cercle peut alors progressivement s'installer.
Moins de lien → moins de soutien → davantage de fatigue → moins d'envie → davantage de retrait → encore moins de lien.
Ce fonctionnement peut contribuer à entretenir un état de mal-être et, chez certaines personnes, participer à l'installation ou au maintien d'une dépression.
Pourquoi s'isoler peut sembler être la seule solution
Lorsqu'on est épuisée, le contact avec les autres peut lui-même demander un effort. Il faut répondre aux messages, organiser une sortie, préparer les enfants, faire bonne figure, expliquer ce que l'on ressent.
Parfois, même une invitation que l'on aurait normalement appréciée devient une contrainte supplémentaire. Rester chez soi semble alors plus simple. Et sur le moment, cela peut effectivement apporter un soulagement. On n'a rien à organiser, rien à expliquer, personne à satisfaire. On peut enfin rester seule.
Le problème est que ce soulagement peut être temporaire. Si le retrait devient la principale manière de faire face à la fatigue ou au mal-être, il peut progressivement réduire les occasions de vivre des expériences positives et de recevoir du soutien.
La personne se retrouve alors avec moins d'énergie et moins de ressources autour d'elle.
Quand l'envie disparaît progressivement
Dans un état dépressif, ce n'est pas uniquement la tristesse qui peut être présente. Il peut aussi y avoir une diminution de l'intérêt ou du plaisir.
Une mère peut ne plus avoir envie de sortir, de voir ses proches, de pratiquer une activité qu'elle aimait ou même de faire des choses qui lui faisaient habituellement du bien.
Elle peut penser : À quoi bon ? Je n'ai envie de rien. Je préfère rester chez moi.
Ce fonctionnement peut être particulièrement déroutant parce qu'il peut donner l'impression que l'on choisit de s'isoler. Alors qu'en réalité, l'isolement peut aussi être la conséquence d'un état de fatigue psychologique ou dépressif.
La culpabilité peut renforcer le cercle
À cela peut s'ajouter une autre difficulté très présente chez certaines mères : la culpabilité.
- On peut culpabiliser de ne plus avoir envie de voir ses amis.
- De ne pas profiter suffisamment de ses enfants.
- De ne pas être aussi disponible qu'avant.
- De ne pas ressentir la joie que l'on pense devoir ressentir.
- De ne pas réussir à « reprendre le dessus ».
Et plus la culpabilité augmente, plus il peut devenir difficile de demander de l'aide. La mère peut alors se retrouver enfermée dans une pensée comme : Je devrais réussir à gérer toute seule.
Pourtant, avoir besoin de soutien n'est pas un échec. La souffrance psychologique ne devient pas moins réelle parce qu'on est mère.
Quand le retrait devient un signal à écouter
Il est donc utile de regarder non seulement combien de personnes sont présentes autour de soi, mais aussi ce qui a changé dans ses comportements.
- Est-ce que vous avez progressivement cessé de voir vos proches ?
- Est-ce que vous n'avez plus envie de sortir ?
- Est-ce que les activités qui vous plaisaient ne vous procurent plus grand-chose ?
- Est-ce que vous vous sentez constamment fatiguée ou irritable ?
- Est-ce que vous avez de plus en plus de mal à prendre soin de vous ?
- Est-ce que vous avez le sentiment de fonctionner uniquement pour répondre aux besoins des autres ?
Ces changements ne signifient pas automatiquement qu'il s'agit d'une dépression. Mais lorsqu'ils persistent et s'accompagnent d'une souffrance importante, ils méritent d'être entendus plutôt que minimisés.
Le retrait n'est parfois pas le problème de départ. Il peut être l'un des signes que quelque chose, à l'intérieur, demande de l'attention.
Maman isolée, épuisée, triste : est-ce forcément une dépression ?
Être épuisée, avoir besoin de s'isoler ou traverser une période où l'on se sent dépassée ne signifie pas automatiquement que l'on souffre de dépression (dont seul un médecin peut poser le diagnostique).
Ce qui mérite davantage d'attention, c'est lorsque le mal-être s'installe dans la durée, devient difficile à surmonter et finit par modifier le quotidien.
On peut alors retrouver plusieurs signes : perte d'intérêt ou de plaisir, fatigue importante, sentiment de dévalorisation ou de culpabilité, difficultés à se concentrer, troubles du sommeil ou de l'appétit, retrait des autres ou impression de fonctionner en pilote automatique.
Chez une maman, il est particulièrement facile de banaliser ces signes : C'est normal, je suis maman. Je suis simplement très fatiguée. Ça ira mieux quand les enfants seront plus grands.
Pourtant, lorsque la souffrance persiste ou devient trop lourde à porter seule, il n'est pas nécessaire d'attendre d'aller très mal pour demander de l'aide.
La question n'est donc pas seulement : Est-ce que je suis déprimée ?
Elle peut aussi être : Est-ce que ce que je vis est devenu trop lourd pour que je continue à le porter seule ?
Dépression post-partum : seulement après l'accouchement ?
Le terme dépression " post-partum " peut laisser penser qu'elle concerne uniquement les premières semaines qui suivent la naissance.
En réalité, la période concernée est plus large. Une dépression peut apparaître pendant la grossesse ou au cours de l'année qui suit l'accouchement. Elle peut donc se manifester alors que le bébé a déjà plusieurs mois.
Cela peut parfois être déroutant pour une mère. Elle peut se dire : Pourtant, l'accouchement est déjà loin. Je devrais avoir retrouvé mon énergie maintenant. Mon bébé grandit, alors pourquoi est-ce que je me sens toujours aussi mal ?
Pourtant, il n'existe pas un moment précis où tout bascule. Les difficultés peuvent s'installer progressivement, à mesure que la fatigue s'accumule, que le quotidien devient plus lourd ou que la mère dispose de moins en moins de ressources pour elle-même.
Et la dépression ne concerne pas uniquement les premiers mois. Une mère peut aussi traverser un épisode dépressif plus tard dans sa maternité, sans que celui-ci soit nécessairement qualifié de dépression post-partum. Les changements de vie, l'isolement, une accumulation de difficultés personnelles ou familiales, une période d'épuisement ou d'autres facteurs peuvent également fragiliser l'équilibre psychologique.
L'important est donc de ne pas attendre que son enfant soit assez grand pour considérer sa souffrance comme légitime.
Si une mère ne va pas bien, le moment où elle en prend conscience est déjà un bon moment pour demander du soutien.
" Je devrais être heureuse " : quand la culpabilité empêche de demander de l'aide
" J'ai tout pour être heureuse. "
Cette phrase revient souvent en consultation chez les mamans qui vont mal.
Elles aiment leur enfant, ont parfois un conjoint présent, un logement, une situation stable… et pourtant, elles se sentent épuisées, seules ou profondément mal.
Alors la culpabilité s'installe : Je n'ai pas le droit de me plaindre. D'autres rêveraient d'avoir ma vie. Je devrais être heureuse d'être maman.
Le problème, c'est que comparer sa souffrance à ce que l'on pense avoir " objectivement " ne change pas ce que l'on ressent.
- On peut être reconnaissante et épuisée.
- Aimer son enfant et ne plus avoir de ressources.
- Être entourée et se sentir seule.
- Être heureuse d'être mère et traverser une période de dépression.
Ces réalités peuvent exister en même temps.
La culpabilité peut aussi empêcher de demander de l'aide
Lorsqu'une mère pense qu'elle devrait réussir à gérer seule, elle peut minimiser ce qu'elle traverse et attendre que cela passe. Elle peut alors continuer à tenir, à répondre aux besoins de tout le monde et à repousser les siens.
Demander de l'aide ne signifie pourtant pas qu'elle échoue dans son rôle de mère. Cela peut simplement signifier qu'elle a atteint une limite et qu'elle a besoin, elle aussi, d'être soutenue.
Prendre sa souffrance au sérieux c'est reconnaître qu'une mère reste une personne avec des besoins, des limites et des ressources qui ne sont pas infinies.
Le cerveau d'une maman épuisée : pourquoi tout devient plus difficile
La charge mentale mobilise en permanence l'attention : penser à ce qu'il faut faire, anticiper, ne pas oublier, organiser, répondre aux besoins des autres, passer d'une tâche à l'autre… Lorsque cette sollicitation devient constante, il peut devenir plus difficile de se concentrer, de prendre des décisions ou de passer à l'action.
C'est aussi pour cela qu'une maman épuisée peut avoir l'impression de ne plus être aussi efficace qu'avant. Elle peut oublier davantage de choses, avoir du mal à choisir, remettre certaines tâches à plus tard ou se sentir complètement dépassée par des décisions pourtant simples.
Et cette difficulté peut rapidement être interprétée comme un défaut personnel alors qu'il peut être plus juste de se demander : Est-ce que mon cerveau manque simplement de ressources en ce moment ?
Comprendre cela permet parfois de sortir d'une lecture très culpabilisante de soi. Ce n'est pas forcément que l'on est devenue moins capable. C'est peut-être que l'on fonctionne depuis trop longtemps avec trop peu de ressources.
Comment sortir progressivement de l'isolement quand on est maman ?
Lorsqu'on est épuisée ou déprimée, l'idée de sortir de l'isolement peut sembler énorme. Il ne s'agit pourtant pas de reprendre une vie sociale intense, de voir beaucoup de monde ou de devenir soudainement très disponible.
L'objectif est plutôt de recréer progressivement du soutien.
Commencer par une personne
Il n'est pas nécessaire de raconter toute sa vie à dix personnes. Une seule personne avec qui l'on peut être soi-même peut déjà faire une différence : une amie, une sœur, une mère, une voisine, un conjoint, une autre maman…
Et parfois, il suffit de dire simplement : En ce moment, je ne vais pas très bien. J'aurais besoin de ne pas rester seule avec ça.
Demander du soutien devient souvent plus facile lorsqu'on n'attend pas d'avoir les mots parfaits.
Demander une aide précise
" J'ai besoin d'aide " peut être difficile à formuler, autant pour soi que pour la personne en face.
Une demande concrète est souvent plus simple :
Est-ce que tu peux garder les enfants une heure cette semaine ?
Est-ce que tu peux passer prendre un café avec moi ?
Est-ce que tu peux m'accompagner à mon rendez-vous ?
Est-ce que tu peux m'aider avec les repas cette semaine ?
L'aide n'a pas besoin d'être spectaculaire pour être utile. Une heure de répit, un repas préparé, une conversation ou une présence peuvent déjà alléger un peu le quotidien.
Ne pas attendre d'en avoir envie
Quand on est très fatiguée ou déprimée, on peut avoir tendance à attendre de retrouver de l'énergie avant de revoir les autres. Mais parfois, c'est justement le lien qui peut permettre de retrouver progressivement un peu de soutien et d'élan.
Cela peut commencer très petit : répondre à un message, accepter un café, sortir quelques minutes, appeler quelqu'un.
Il ne s'agit pas de se forcer à être sociable. Il s'agit de ne plus tout porter seule.
Et si personne ne semble disponible ?
L'absence de soutien dans l'entourage ne signifie pas qu'il n'existe aucune solution.
Un médecin, une sage-femme, un(e) thérapeute ou d'autres professionnels peuvent constituer un premier point d'appui, notamment lorsque l'isolement devient important ou que le mal-être persiste.
Parfois, le premier pas n'est donc pas de retrouver toute une vie sociale.
C'est simplement de trouver une personne ou un professionnel avec qui ne plus avoir à faire semblant que tout va bien.
Que faire quand on n'arrive même plus à demander de l'aide ?
Parfois, le problème n'est pas de ne pas savoir qu'on aurait besoin d'aide. C'est de ne plus avoir l'énergie pour la chercher.
Quand on est épuisée psychologiquement, même envoyer un message, prendre un rendez-vous ou expliquer ce que l'on ressent peut sembler demander un effort immense.
Dans ce cas, il peut être utile de réduire le premier pas au minimum.
Faire une seule chose aujourd'hui
Pas besoin de régler toute la situation. Choisissez simplement une action suffisamment petite pour être réalisable :
- envoyer un message à une personne de confiance
- prendre un rendez-vous avec un professionnel
- demander à quelqu'un de venir quelques heures
- accepter une aide que vous auriez habituellement refusée
- dire simplement : " Je ne vais pas bien en ce moment. "
Et si même cela semble trop difficile, vous pouvez demander à quelqu'un de faire le premier pas avec vous.
Vous n'avez pas besoin d'avoir les bons mots pour demander de l'aide.
Faire moins, temporairement
Quand les ressources sont très basses, vouloir continuer à tout assurer comme avant peut entretenir l'épuisement.
Il peut alors être nécessaire de revoir temporairement ses exigences : Qu'est-ce qui est vraiment indispensable aujourd'hui ?
Le reste peut attendre.
Un repas simple, une maison moins rangée, une activité annulée ou une tâche repoussée ne font pas de vous une mauvaise mère. Dans certaines périodes, prendre soin de soi commence aussi par accepter de faire moins.
Et surtout, si vous sentez que vous n'arrivez plus à faire face seule, ce n'est pas un échec. C'est précisément le moment où le soutien des autres peut devenir nécessaire.
Quand consulter ? Et quand demander une aide urgente ?
Il n'est pas nécessaire d'attendre d'être complètement épuisée pour demander de l'aide.
Si vous vous sentez isolée, que votre mal-être dure, que vous n'avez plus vraiment de plaisir au quotidien ou que vous avez l'impression de ne plus réussir à faire face, parler à un professionnel peut permettre de comprendre ce qui se passe et de ne plus rester seule avec cela.
Je propose un accompagnement thérapeutique destiné notamment aux mamans qui se sentent épuisées, dépassées ou isolées. Vous pouvez également découvrir ma page dédiée à mon approche, pour voir comment je vous accompagne.
Et si la situation devient urgente ?
Certaines pensées ou situations nécessitent de ne pas rester seule :
- pensées suicidaires ou envie de disparaître
- sentiment de ne plus pouvoir se contrôler
- impression d'être en danger ou de ne plus pouvoir assurer sa sécurité ou celle de son enfant
Dans ces situations, il faut demander une aide immédiate ! En France, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est accessible gratuitement 24h/24 et 7j/7.
Demander de l'aide à ce moment-là n'est pas exagérer la situation. C'est prendre au sérieux une souffrance qui nécessite d'être accompagnée.
Et dans les situations moins urgentes, le même principe reste valable : vous n'avez pas besoin d'attendre que tout s'effondre pour commencer à être soutenue.
Conclusion
Être maman ne devrait pas signifier devoir tout porter seule.
On peut être entourée et se sentir profondément seule. On peut aimer ses enfants et ne plus avoir de ressources. On peut avoir l'impression de ne plus se reconnaître, de ne plus avoir envie de grand-chose ou de fonctionner uniquement pour les autres.
Ces ressentis peuvent simplement signaler que quelque chose est devenu trop lourd à porter seule.
Le premier pas n'est pas forcément de tout changer. Il peut simplement consister à mettre des mots sur ce que vous vivez, à accepter une aide ou à trouver un espace où vous pouvez enfin parler sans avoir à minimiser votre souffrance.
Et parfois, c'est précisément à partir de là que les choses peuvent commencer à bouger, progressivement.
Vous n'avez pas besoin d'attendre d'aller très mal pour prendre soin de vous.
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