Je suis maman et je n’en peux plus : est-ce de l’épuisement parental ?
Comprendre ce qui se passe, retrouver un peu de souffle et sortir de la culpabilité
Une précision avant de commencer : dans cet article, j'emploie principalement le terme "maman" car ce sont notamment des mères que j'accompagne dans ma pratique. Mais l'épuisement parental, la charge mentale, la culpabilité et les difficultés évoquées ici peuvent bien évidemment concerner aussi les pères. Chaque parent peut être amené, à un moment de sa vie, à se sentir dépassé, épuisé ou à bout.
⏱️ Temps de lecture : 15 minutes
"Je suis maman et je n'en peux plus." Peut-être que cette phrase vous traverse depuis quelque temps. Peut-être même que vous n'osez pas vraiment la dire à voix haute.
Vous aimez votre/vos enfant(s). Vous êtes heureuse qu'il soit là. Et pourtant, vous avez parfois l'impression de ne plus avoir de réserves. Vous êtes fatiguée dès le matin, facilement irritable, constamment sollicitée. Le moindre imprévu peut vous sembler de trop. Vous aimeriez simplement avoir quelques minutes de pause.
Et parfois, à cette fatigue s'ajoute parfois la culpabilité : Je devrais être plus patiente. Je ne profite pas assez de mon enfant. D'autres y arrivent, alors pourquoi pas moi ? Je suis pourtant une bonne mère, alors pourquoi est-ce que je me sens comme ça ?
Si vous vous reconnaissez dans ces mots, vous êtes peut-être simplement une mère qui a beaucoup porté, parfois depuis longtemps, et dont les ressources commencent à manquer.
L'épuisement parental peut s'installer progressivement. Il ne ressemble pas toujours à un effondrement spectaculaire. Il peut plutôt prendre la forme d'une fatigue qui s'accumule, d'une irritabilité inhabituelle, d'une impression d'être constamment en tension ou encore d'un sentiment de ne plus avoir de place pour soi.
Comprendre l'épuisement parental : quand la fatigue devient trop lourde
Être parent demande beaucoup d'énergie. Il faut être disponible, organiser les journées, anticiper les besoins, gérer les imprévus, accompagner les émotions de son enfant… tout en continuant, bien souvent, à travailler, à s'occuper de la maison, du couple, des démarches et de mille petites choses du quotidien.
La fatigue fait donc naturellement partie de la vie de parent. Mais parfois, ce n'est plus simplement "une période où je dors mal" ou "une semaine particulièrement chargée". C'est comme si les réserves se vidaient peu à peu, sans parvenir à se reconstituer.
On continue pourtant à avancer, mais intérieurement, on commence à se sentir à bout.
Quand les ressources ne suffisent plus à récupérer
L'épuisement parental peut apparaître lorsque les exigences du quotidien deviennent durablement supérieures aux ressources dont on dispose pour y faire face. Et ces ressources ne sont pas seulement physiques. Il y a le sommeil, bien sûr, mais aussi le temps disponible, le soutien de l'entourage, la possibilité de souffler, de se retrouver soi-même, de demander de l'aide, de faire des choses qui nous font du bien.
Il y a également les ressources psychologiques. Lorsqu'une mère a le sentiment qu'elle doit constamment être patiente, disponible, organisée, attentive, douce, performante au travail et présente pour son enfant, la pression peut devenir considérable.
Même lorsque personne ne lui demande explicitement d'être parfaite. Parfois, cette pression vient surtout de l'intérieur : Je dois gérer. Je ne peux pas craquer. Mon enfant a besoin de moi. Je devrais réussir à tout faire.
Alors on continue. On serre les dents. On repousse le moment où l'on pourra enfin se reposer. Et, progressivement, le repos ne suffit plus à retrouver son énergie.
Être épuisée et aimer profondément son enfant peuvent parfaitement coexister.
On peut être une mère très attachée à son enfant et avoir parfois envie de s'isoler. On peut être heureuse d'être mère et regretter certaines choses de sa vie d'avant. On peut être reconnaissante et, en même temps, trouver certaines journées extrêmement difficiles.
L'amour n'empêche pas la fatigue. Et la fatigue ne remet pas en question l'amour.
Il arrive même que les mères les plus exigeantes envers elles-mêmes soient particulièrement vulnérables à l'épuisement, parce qu'elles ont du mal à s'autoriser à ralentir ou à accepter que tout ne soit pas parfaitement fait.
Quand tenir devient la seule façon de fonctionner
Au début, on trouve souvent des solutions. On dort dès qu'on peut. On s'organise davantage. On demande parfois un peu d'aide. On se dit que ce sera plus facile dans quelques semaines. Puis les semaines passent. Et l'on commence à fonctionner davantage en mode automatique.
On fait ce qu'il y a à faire, mais avec de moins en moins de plaisir. Les petites contrariétés deviennent plus difficiles à supporter. Une demande supplémentaire peut sembler énorme. On peut se montrer plus irritable avec son enfant, son conjoint ou son entourage, puis s'en vouloir immédiatement après.
Certaines mères décrivent aussi cette impression étrange d'être présentes physiquement, mais de ne plus avoir beaucoup de disponibilité intérieure. Comme si elles donnaient beaucoup, tout le temps, sans parvenir à retrouver suffisamment d'espace pour elles-mêmes.
Ce n'est pas nécessairement un manque de volonté. C'est parfois simplement le signe que le système est arrivé au bout de ses ressources.
Et avant de chercher à faire mieux, il peut être utile de commencer par écouter ce que cet épuisement essaie de nous dire.
Les signes qui montrent que vos ressources sont épuisées
L'épuisement parental ne se manifeste pas de la même manière chez tout le monde. Il peut être très visible, ou au contraire rester longtemps discret.
Certaines mères vont surtout ressentir une fatigue profonde. D'autres vont remarquer qu'elles sont beaucoup plus irritables qu'avant. Certaines ont l'impression de ne plus profiter de leur enfant, tandis que d'autres continuent à tout faire, mais avec le sentiment de fonctionner uniquement en pilote automatique.
Ce qui compte n'est donc pas de retrouver tous les signes suivants chez soi, mais plutôt de se demander : Est-ce que je me reconnais dans ce que je vis ? Et depuis combien de temps est-ce que cela dure ?
Une fatigue qui ne ressemble plus à une simple fatigue
Il peut y avoir cette sensation de se réveiller déjà fatiguée, de manquer d'énergie dès le début de la journée et de devoir puiser constamment dans ses dernières réserves. Même après un moment de repos, on ne se sent pas vraiment rechargée.
On peut alors avoir l'impression que tout demande un effort : préparer le repas, jouer avec son enfant, ranger, répondre à un message, prendre une décision… Des choses autrefois simples semblent soudain demander beaucoup plus d'énergie.
Une irritabilité qui devient difficile à contrôler
Lorsque les ressources diminuent, la tolérance aux frustrations peut elle aussi diminuer. Les situations du quotidien peuvent déclencher une réaction beaucoup plus forte que ce que l'on aurait souhaité.
Après coup, la culpabilité peut rapidement arriver. Et c'est là qu'un cercle peut commencer à s'installer : plus on est épuisée, plus on réagit facilement ; plus on culpabilise après avoir réagi, plus on se met la pression pour faire mieux ; et cette pression demande encore davantage d'énergie.
L'impression d'être constamment sollicitée
L'épuisement ne vient pas uniquement du nombre de tâches à accomplir. Il peut aussi venir du fait de ne jamais avoir véritablement l'impression de pouvoir décrocher.
Penser au goûter du lendemain. Anticiper les vêtements. Prendre rendez-vous chez le médecin. Vérifier les horaires. Répondre aux messages de l'école ou de la crèche. Se demander ce qu'il faudra acheter. Penser à ce que l'enfant mangera ce soir… Même lorsqu'elle est assise, une mère peut continuer à avoir la tête pleine.
Le corps s'arrête parfois, mais le cerveau, lui, continue de travailler.
Ne plus avoir beaucoup de place pour soi
Certaines mères finissent par avoir le sentiment de ne plus savoir ce qui leur fait du bien. Elles ont tellement pris l'habitude de répondre aux besoins des autres qu'elles ne savent plus très bien identifier les leurs. Quand on leur demande : Qu'est-ce qui vous ferait du bien en ce moment ? La réponse peut être difficile à trouver. Ou alors elle arrive immédiatement : Dormir. Être seule. Ne plus rien avoir à gérer pendant quelques heures.
Ce besoin de solitude n'est pas forcément un rejet de son enfant. Il peut simplement traduire un besoin profond de récupération.
Avoir moins de plaisir, sans forcément ne plus rien ressentir
On peut aussi remarquer que les moments qui faisaient du bien auparavant ont perdu une partie de leur saveur. Lire, sortir, voir des amis, faire du sport, regarder une série… Tout cela peut sembler trop compliqué à organiser ou demander trop d'énergie.
On peut continuer à aimer certaines choses, mais ne plus avoir la force de les faire.
Et parfois, ce qui était autrefois source de plaisir devient même une nouvelle tâche à accomplir.
C'est un signe intéressant à observer, notamment si cette perte d'élan s'installe dans le temps.
Une sensation de fonctionner en mode survie
Peut-être est-ce finalement ce qui décrit le mieux l'expérience de certaines mères : Je fais ce qu'il faut, mais je n'ai plus vraiment de marge.
On assure l'essentiel. On avance d'une journée à l'autre. On attend le week-end, puis les vacances, puis la rentrée, puis que l'enfant dorme mieux, puis que la période difficile passe… Mais il y a toujours une nouvelle étape à traverser.
Si vous vous reconnaissez, il n'est pas nécessaire d'attendre d'être complètement épuisée pour prendre votre souffrance au sérieux. Votre fatigue mérite déjà d'être écoutée. Elle peut simplement être le signal que vous avez besoin de ressources, de soutien et peut-être de changements dans ce que vous portez au quotidien.
La question n'est alors plus seulement : Comment vais-je réussir à tenir ?
Mais peut-être : De quoi ai-je besoin pour ne plus avoir à tenir autant ?
Épuisement parental ou dépression : comment faire la différence ?
Quand on se sent épuisée depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois, il est naturel de chercher à comprendre ce qui nous arrive.
Est-ce simplement une période particulièrement difficile ?
Est-ce de l'épuisement parental ?
Est-ce une dépression ?
Ou peut-être un peu des deux ?
Il n'est pas toujours facile de faire la différence, d'autant que ces situations peuvent parfois se ressembler.
La fatigue, l'irritabilité, les difficultés de concentration, le manque d'énergie ou le sentiment de ne plus avoir envie de grand-chose peuvent se retrouver dans différents états de souffrance psychologique.
C'est pourquoi il est préférable de ne pas essayer de se poser soi-même un diagnostic à partir d'une liste de symptômes. Seul un médecin est apte à poser un diagnostique médical.
Dans l'épuisement parental, la souffrance est souvent étroitement liée à la place de parent et à ce qu'elle implique au quotidien. On peut avoir le sentiment de ne plus supporter les demandes, de manquer de patience, de ne plus avoir suffisamment d'énergie pour s'occuper de son enfant ou encore de vouloir simplement être tranquille.
Et pourtant, en dehors de cette sphère, certaines choses peuvent encore apporter du plaisir. Une sortie avec une amie peut faire du bien. Une activité que l'on aime peut permettre de retrouver un peu d'énergie. Quelques heures seule peuvent réellement changer la manière dont on se sent.
Cela ne signifie pas que l'épuisement parental est léger ou qu'il faut simplement prendre des vacances. Cela signifie plutôt que le contexte parental semble occuper une place importante dans la souffrance.
Dans la dépression, la souffrance peut devenir plus globale
La dépression peut, elle aussi, s'accompagner d'une grande fatigue et rendre le quotidien beaucoup plus difficile. Mais la souffrance ne se limite pas nécessairement au fait d'être parent.
On peut progressivement perdre l'envie de voir ses proches, ne plus prendre de plaisir aux activités que l'on aimait auparavant, se sentir triste ou vide, avoir une image très négative de soi, ressentir une profonde dévalorisation ou avoir le sentiment que rien ne changera.
Certaines personnes décrivent également une grande anxiété, un ralentissement, des difficultés importantes à se concentrer ou des troubles du sommeil et de l'appétit. Dans ce cas, il est important de ne pas attribuer toute la souffrance à la fatigue liée à la parentalité.
Et parfois, les deux peuvent être présents, une personne peut être en situation d'épuisement parental et développer parallèlement un épisode dépressif.
C'est pourquoi la question n'est pas seulement : Est-ce que je suis en burn-out parental ou en dépression ?
Elle peut aussi être : Qu'est-ce que je vis en ce moment, et de quoi ai-je besoin pour aller mieux ?
Cette manière de poser la question est souvent plus aidante. Car derrière les mots fatigue, épuisement, dépression ou anxiété, il y a toujours une personne avec son histoire, ses ressources, son environnement et ce qu'elle traverse actuellement.
Quand est-il important de demander de l'aide ?
Vous n'avez pas besoin d'attendre d'être complètement à bout pour consulter.
Si votre fatigue s'installe, si vous avez de plus en plus de mal à fonctionner au quotidien, si vous vous sentez triste ou vide, si vous avez perdu durablement le plaisir de faire les choses, si l'anxiété devient envahissante ou si vous avez le sentiment de ne plus réussir à faire face, cela mérite d'être pris au sérieux.
Demander de l'aide ne signifie pas que vous avez échoué. Cela signifie simplement qu'à un moment donné, ce que vous portez est devenu trop lourd pour être porté seule.
Et parfois, la première étape consiste simplement à pouvoir dire à quelqu'un : Je ne vais pas bien en ce moment, et j'ai besoin d'aide.
Quand la culpabilité aggrave l'épuisement
Il y a une phrase que beaucoup de mères épuisées me dit en séance : J'ai l'impression d'être une mauvaise mère.
Elle peut apparaître après avoir crié, après avoir perdu patience, après avoir laissé son enfant devant un écran pour pouvoir souffler, après avoir eu envie d'être seule… ou simplement parce qu'on ne ressent pas toujours la joie que l'on pense devoir ressentir en étant mère.
Le problème, c'est que cette pensée ne fait généralement pas qu'exprimer notre souffrance. Elle peut aussi l'aggraver.
Imaginez une mère qui rentre d'une journée de travail épuisante. Son enfant réclame son attention, elle n'a plus d'énergie et finit par s'énerver.
Une première pensée peut apparaître : Je n'en peux plus.
Puis une deuxième : Je n'aurais pas dû crier.
Et enfin : Je suis vraiment une mauvaise mère.
À partir de là, la culpabilité prend le relais. On repense à la scène. On se reproche sa réaction. On se compare à d'autres parents. On se promet de faire mieux la prochaine fois. Et l'on repart le lendemain avec une exigence supplémentaire : il faut absolument être plus patiente
Mais lorsque les ressources sont déjà épuisées, ajouter de nouvelles exigences ne permet pas forcément de mieux faire. Cela peut au contraire augmenter encore la pression.
La mère parfaite n'existe pas - Votre enfant ne veut pas une mère parfaite, il vous veut VOUS, humaine et imparfaite.
Nous avons parfois une image très exigeante de ce que devrait être une bonne mère.
Une bonne mère serait toujours disponible, patiente, attentive, bienveillante, organisée. Elle saurait accueillir les émotions de son enfant sans jamais s'énerver. Elle proposerait des activités adaptées, préparerait des repas équilibrés, limiterait les écrans, prendrait soin de son couple, travaillerait efficacement et trouverait encore le temps de prendre soin d'elle.
Cette image est impossible à tenir dans la durée parce qu'une mère est aussi une personne.
Elle peut être fatiguée. Elle peut avoir besoin de solitude. Elle peut se tromper. Elle peut être irritée. Elle peut parfois ne pas savoir quoi faire. Et c'est normal !
Être une bonne mère ne signifie pas être une mère parfaite. Votre enfant n'a pas besoin d'une mère qui ne se trompe jamais. Il a besoin d'une mère qui lui apporte de l'amour, répond à ses besoins, suffisamment présente, suffisamment sécurisante, et qui peut aussi réparer lorsqu'une relation a été mise à mal.
Et si vous observiez vos pensées autrement ?
En TCC (thérapie cognitive et comportementale), nous pouvons apprendre à repérer les pensées qui apparaissent automatiquement dans certaines situations.
Par exemple : J'ai crié sur mon enfant → je suis une mauvaise mère.
Mais entre les deux, il existe toute une différence.
Avoir crié est un comportement.
"Je suis une mauvaise mère" est une interprétation de ce comportement.
Ce n'est pas la même chose.
On peut reconnaître : Je n'ai pas aimé la façon dont j'ai réagi.
sans conclure : Je suis une mauvaise mère.
Cette distinction peut sembler minime, mais elle change beaucoup de choses. Elle est importante à conscientiser.
Elle permet de reconnaître ce qui s'est passé sans transformer une difficulté ponctuelle en jugement global sur sa valeur de mère.
Vous pouvez aussi essayer une petite expérience
La prochaine fois qu'une pensée très culpabilisante apparaît, essayez simplement de la reformuler.
Au lieu de : Je suis une mauvaise mère.
essayez : Je remarque que je pense que je suis une mauvaise mère.
Cette petite phrase crée une distance avec la pensée. Vous n'avez pas besoin de vous convaincre immédiatement du contraire. Il ne s'agit pas de remplacer une pensée négative par une pensée positive du type : Je suis une mère formidable (ça n'a aucun sens si la conviction n'est pas là).
Il s'agit simplement de reconnaître : C'est une pensée que j'ai en ce moment. Ce n'est pas forcément la réalité.
Et à partir de là, vous pouvez vous demander : Qu'est-ce qui s'est réellement passé ? Qu'est-ce que j'aurais aimé faire différemment ? De quoi avais-je besoin à ce moment-là ?
Ces questions sont souvent beaucoup plus utiles que : Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?
Derrière la culpabilité, il y a parfois une grande exigence envers soi
Certaines mères ne se permettent jamais vraiment d'être fatiguées. Elles pensent qu'elles devraient réussir à tout gérer, et continuent à avancer malgré les signaux d'alerte.
Peut-être qu'une question différente pourrait alors être posée : Si une amie vivait exactement ce que je vis, est-ce que je lui parlerais avec autant de dureté que je me parle à moi-même ?
Cette question peut ouvrir un espace un peu plus doux. Parce que prendre soin de soi ne consiste pas seulement à dormir davantage ou à avoir quelques heures de tranquillité.
Cela peut aussi commencer par cesser de se traiter comme quelqu'un qui devrait toujours faire mieux.
Pourquoi est-il si difficile de prendre du temps pour soi quand on est maman ?
Quand on est épuisée, la solution semble parfois évidente : il faudrait se reposer.
Et pourtant, dans la réalité, c'est souvent beaucoup plus compliqué. Parce que prendre du temps pour soi peut faire naître une autre difficulté : la culpabilité : Je pourrais faire quelque chose d'utile à la place. Mon enfant a besoin de moi. J'ai encore tellement de choses à faire. Je me reposerai quand tout sera terminé.
Il y aura toujours quelque chose à faire.
Si l'on attend que tout soit fait pour s'autoriser à souffler, le repos risque de rester longtemps en dernier sur la liste.
Se reposer n'est pas une récompense
Certaines mères ont appris, parfois sans même s'en rendre compte, à considérer le repos comme quelque chose qu'il faut mériter. Le repos n'a pas besoin d'être gagné. Vous n'avez pas besoin d'être arrivée au bout de vos forces pour avoir le droit de souffler.
Prendre soin de soi n'est pas prendre quelque chose à son enfant. C'est permettre de retrouver suffisamment de ressources pour continuer à être présente dans la relation.
Et si le problème n'était pas de mieux s'organiser ?
Lorsqu'on se sent débordée, notre premier réflexe peut être de chercher à mieux gérer : Faire des listes, optimiser les journées, se lever plus tôt, anticiper davantage, trouver une nouvelle méthode d'organisation.
Ces solutions peuvent parfois être utiles, mais elles ne répondent pas toujours au vrai problème.
Car lorsque la charge est devenue trop importante, la question n'est peut-être plus : Comment réussir à tout faire ?
mais : Est-ce que tout doit réellement être fait par moi ou fait forcément maintenant ?
Cette nuance peut sembler toute simple, mais elle change beaucoup de choses.
Qu'est-ce que je peux arrêter de porter seule ?
Vous pouvez essayer de prendre quelques minutes pour regarder votre quotidien autrement.
Prenez une feuille et notez ce qui occupe actuellement votre énergie.
Puis demandez-vous :
Qu'est-ce qui est vraiment indispensable ?
Qu'est-ce qui pourrait attendre ?
Qu'est-ce qui pourrait être simplifié ?
Qu'est-ce que quelqu'un d'autre pourrait faire à ma place ?
Et peut-être surtout :
Qu'est-ce que je continue à faire uniquement parce que je pense que je devrais le faire ?
Il ne s'agit pas de tout bouleverser du jour au lendemain. Parfois, enlever une seule petite chose de la liste peut déjà créer un peu d'espace.
Prendre soin de soi peut commencer petit
Quand on est très fatiguée, l'idée de prendre du temps pour soi peut elle-même sembler impossible.
On imagine qu'il faudrait une après-midi entière, une journée au spa, partir en week-end ou retrouver une vie complètement différente.
Mais le repos peut aussi prendre des formes beaucoup plus modestes.
- Boire un café tranquillement pendant dix minutes.
- Faire une courte promenade.
- S'asseoir quelques instants sans téléphone.
- Prendre une douche sans se dépêcher.
- Appeler une personne avec qui l'on se sent bien.
- Lire quelques pages d'un livre ou d'un magasine.
- Ne rien faire pendant quelques minutes.
Ce ne sont pas ces petits moments qui vont, à eux seuls, résoudre un épuisement profond.
Mais ils peuvent envoyer un message important, soyez votre priorité. En prenant soin de vous, en vous priorisant, vous faites de l'espace pour prendre soin de vos proches.
Écouter les signaux avant d'être complètement à bout
On attend souvent que le corps ou le mental crie très fort avant de s'arrêter.
Pourtant, il existe généralement des signes plus discrets : une tension dans le corps, une impatience qui monte, l'impression que tout devient trop bruyant, une envie soudaine de s'isoler, une difficulté à supporter une nouvelle demande.
Vous pouvez apprendre progressivement à les repérer.
Et lorsque vous sentez que vous commencez à saturer, plutôt que d'attendre d'exploser, essayer simplement de vous dire : Là, mes ressources diminuent. J'ai besoin de faire une pause.
Ce n'est pas toujours possible de s'arrêter immédiatement lorsqu'on a un ou des enfants. Mais identifier ce qui se passe permet déjà de ne plus être complètement surprise par sa propre réaction.
L'objectif n'est pas de devenir une mère parfaitement calme. C'est d'apprendre peu à peu à prendre soin de ses ressources avant qu'elles ne soient complètement épuisées.
Quelques pistes pour retrouver un peu de souffle
Lorsque l'on est épuisée, on peut avoir envie d'une solution qui permette d'aller mieux rapidement. Mais sortir de l'épuisement ne consiste pas forcément à tout changer. Il s'agit souvent de commencer par faire un peu moins, de retrouver progressivement des ressources et de mieux comprendre ce qui nous épuise.
Commencer par enlever plutôt qu'ajouter
Lorsque l'on cherche à aller mieux, on pense facilement aux choses qu'il faudrait ajouter à son quotidien : faire du sport, méditer, mieux manger, prendre du temps pour soi, dormir davantage…
Toutes ces choses peuvent être utiles, mais lorsqu'on est déjà épuisée, ajouter de nouvelles obligations peut parfois produire l'effet inverse.
On peut alors commencer par une autre question : Qu'est-ce que je pourrais alléger ?
- Une tâche qui peut attendre.
- Une activité devenue trop contraignante.
- Une exigence que l'on pourrait revoir à la baisse.
- Une responsabilité que l'on pourrait partager davantage.
Parfois, retrouver un peu de souffle commence moins par prendre soin de soi que par arrêter de se demander toujours plus.
Accepter que certaines choses soient faites suffisamment bien
Lorsque l'on est très exigeante envers soi-même, il peut être difficile de laisser certaines choses imparfaites. Pourtant, dans une période d'épuisement, vouloir continuer à tout faire au même niveau qu'avant peut coûter énormément d'énergie.
- Peut-être que le repas peut être plus simple.
- Peut-être que la maison peut être moins rangée.
- Peut-être que certaines activités peuvent être reportées.
- Peut-être que vous pouvez dire non à certaines sollicitations.
Cela ne signifie pas renoncer à ce qui compte. Cela signifie parfois adapter ses exigences à ses ressources du moment.
Vous n'avez pas besoin de fonctionner à 100 % lorsque vos batteries sont déjà presque vides.
Apprendre à repérer ce dont vous avez réellement besoin
Lorsque l'on a longtemps répondu aux besoins des autres, il peut devenir difficile de savoir ce dont on a soi-même besoin.
Vous pouvez essayer, une fois par jour, de vous poser simplement cette question : De quoi aurais-je besoin aujourd'hui pour que ma journée soit un tout petit peu plus facile ?
La réponse peut être très concrète : du calme, de l'aide, du sommeil, parler à quelqu'un, sortir prendre l'air, être seule quelques minutes, pleurer, demander à son conjoint de prendre le relais…
Il n'est pas toujours possible de répondre immédiatement à ce besoin, mais commencer à l'identifier permet déjà de ne plus complètement passer à côté de soi.
Ne pas rester seule avec ce qui est trop lourd
Enfin, il y a une chose qui peut faire une réelle différence : parler.
À son conjoint, à une amie, à un membre de sa famille, à son médecin, à une sage-femme, à un(e) thérapeute ou à un autre professionnel de santé.
Pas forcément pour obtenir immédiatement une solution. Parfois, simplement pouvoir dire : Je suis fatiguée. Je n'arrive plus à tout porter. Être entendue sans jugement peut déjà permettre de desserrer un peu la pression. Vous n'avez pas à attendre de ne plus réussir à fonctionner pour demander de l'aide.
Et si vous avez l'impression que vous essayez déjà tout ce que vous pouvez mais que vous restez profondément épuisée, triste, anxieuse ou dépassée, cela mérite d'être accompagné.
Car parfois, ce dont on a besoin n'est pas d'un nouveau conseil. C'est d'un espace où l'on peut s'arrêter, comprendre ce qui se passe et retrouver progressivement une manière de vivre qui soit plus soutenable.
Et si vous n'aviez pas besoin de devenir une meilleure mère, mais de porter un peu moins seule ?
Quand on est épuisée, on cherche souvent ce qu'il faudrait changer chez soi. Comme si la solution se trouvait forcément dans le fait de devenir "une meilleure version de soi-même".
Faire la différence entre ses valeurs et ses exigences
Être une mère attentive, présente, disponible ou bienveillante peut être profondément important pour vous. Ce sont des valeurs.
Mais une valeur n'est pas une règle que l'on doit réussir à respecter parfaitement.
- Vouloir être une mère présente ne signifie pas devoir être disponible à chaque instant.
- Vouloir être bienveillante ne signifie pas ne jamais s'énerver.
- Vouloir prendre soin de son enfant ne signifie pas devoir répondre à tous ses besoins sans jamais penser aux siens.
C'est une distinction importante, car lorsque nos valeurs se transforment en exigences rigides, elles peuvent devenir épuisantes.
- Je veux être une mère présente peut devenir : Je dois toujours être disponible.
- Je veux accompagner les émotions de mon enfant peut devenir : Je ne dois jamais perdre patience.
- Je veux prendre soin de ma famille » peut devenir : Je dois tout gérer.
Et progressivement, ce qui avait du sens devient une pression supplémentaire.
Quelle mère avez-vous envie d'être… avec vos ressources réelles ?
Une question peut alors être intéressante à se poser : Quelle mère ai-je envie d'être, avec les ressources que j'ai réellement aujourd'hui ?
Pas avec l'énergie que vous aimeriez avoir. Pas avec la patience d'une mère parfaite. Pas avec les conditions idéales. Mais avec votre fatigue actuelle, votre travail, vos contraintes, votre histoire, votre quotidien.
Ces réponses peuvent devenir des directions. Pas des objectifs à atteindre parfaitement.
Vous pouvez être une bonne mère et traverser une période difficile
Il est parfois difficile de l'accepter, mais une période difficile ne définit pas votre identité de mère.
- Vous pouvez être épuisée aujourd'hui et être une mère aimante.
- Vous pouvez avoir crié hier et réparer la relation aujourd'hui.
- Vous pouvez avoir besoin de temps seule et aimer profondément votre enfant.
- Vous pouvez regretter certaines choses de votre vie d'avant sans regretter votre enfant.
Deux réalités qui semblent contradictoires peuvent exister en même temps. Et peut-être qu'une partie du travail consiste justement à arrêter de vouloir faire disparaître ces contradictions.
Il n'est pas nécessaire de "supprimer" les émotions difficiles
La fatigue, l'agacement, la frustration, la culpabilité ou même parfois le sentiment de vouloir fuir quelques heures peuvent faire peur. On peut alors chercher à ne plus jamais ressentir cela.
Pourtant, les émotions sont simplement des informations.
- L'irritabilité peut signaler que vous avez dépassé vos limites.
- La tristesse peut indiquer que quelque chose vous manque.
- La frustration peut vous montrer qu'une situation ne vous convient plus.
- La culpabilité peut vous amener à réfléchir à ce qui compte pour vous — même si elle devient parfois excessive.
L'objectif n'est donc pas forcément de ne plus jamais ressentir d'émotions difficiles. Il peut être plus utile d'apprendre à les écouter sans leur laisser décider de tout.
Et peut-être que la question à se poser est différente
Plutôt que : Comment faire pour être une meilleure mère ?
Vous pourriez essayer : Qu'est-ce qui compte vraiment pour moi dans ma relation avec mon enfant ?
Puis : Qu'est-ce que je pourrais faire, même de façon imparfaite, pour aller dans cette direction ?
Et enfin : De quoi ai-je besoin pour pouvoir continuer à avancer dans cette direction sans m'épuiser ?
Il n'y a pas de réponse universelle. Parce qu'il n'existe pas une seule bonne manière d'être mère. Il y a votre histoire, votre enfant, votre quotidien, vos ressources et vos valeurs. Et parfois, aller mieux ne consiste pas à apprendre à porter davantage. Cela consiste à apprendre, petit à petit, à porter autrement et à accepter de ne pas tout porter seule.
Quand se faire accompagner ?
Il n'est pas toujours facile de savoir à quel moment il faudrait demander de l'aide.
Certaines mères attendent d'être complètement épuisées. D'autres se disent qu'elles devraient encore réussir à gérer seules, que leur situation n'est pas assez grave ou que d'autres parents vivent des choses bien plus difficiles.
Mais il n'est pas nécessaire d'attendre de ne plus pouvoir fonctionner pour se faire accompagner.
Vous pouvez demander de l'aide simplement parce que vous ne vous sentez plus bien depuis quelque temps et que vous ne savez plus comment retrouver votre équilibre.
Quelques signes peuvent inviter à ne pas rester seule
Il peut être utile d'en parler à un professionnel lorsque la fatigue et le sentiment d'être dépassée s'installent dans la durée, lorsque vous avez de plus en plus de mal à prendre plaisir aux choses, lorsque l'irritabilité devient importante ou que vous avez l'impression de ne plus vous reconnaître.
Une tristesse persistante, une anxiété importante, un sentiment de vide, une perte d'estime de soi ou l'impression que rien ne pourra s'améliorer méritent également d'être pris au sérieux.
De la même manière, si vous avez le sentiment de ne plus réussir à vous occuper de vous-même ou de votre enfant comme vous le souhaiteriez, vous pouvez demander du soutien.
Demander de l'aide ne signifie pas que vous avez échoué
Il peut être difficile de faire le premier pas.
- On peut avoir peur d'être jugée.
- Peur qu'on nous dise que nous ne faisons pas assez bien.
- Peur de ne pas savoir quoi raconter.
- Peur aussi de découvrir quelque chose que l'on préférerait ne pas voir.
Mais consulter un(e) thérapeute ne signifie pas que quelqu'un va vous expliquer comment être une meilleure mère (seule vous-même être apte à définir ce qui est le mieux pour vous et votre/vos enfant/s). C'est avant tout un espace où vous pouvez déposer ce que vous vivez, sans avoir besoin de tout minimiser ni de tout maîtriser.
Un espace pour comprendre ce qui vous épuise, mettre des mots sur ce que vous ressentez, repérer les exigences que vous vous imposez et réfléchir à ce qui pourrait réellement changer dans votre quotidien.
Un accompagnement pour retrouver votre propre équilibre
Dans mon accompagnement, je m'appuie notamment sur les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), la thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT) et la pleine conscience.
L'objectif n'est pas de vous apprendre à tout gérer parfaitement.
Il est plutôt de vous aider à mieux comprendre vos pensées, vos émotions et vos comportements, à prendre du recul par rapport à certaines exigences, à retrouver des ressources et à avancer progressivement vers une vie davantage en accord avec ce qui compte pour vous.
Chaque accompagnement est différent, parce que chaque histoire l'est aussi. Certaines personnes viennent parce qu'elles sont épuisées. D'autres parce qu'elles ne se reconnaissent plus dans leur façon de réagir avec leur enfant. D'autres encore parce qu'elles se sentent prisonnières de la culpabilité, de l'anxiété ou de l'impression de devoir constamment en faire davantage.
Il n'est pas nécessaire d'arriver avec les idées claires. Vous pouvez simplement arriver avec cette phrase : Je suis maman et je n'en peux plus. Et commencer à partir de là.
Vous n'avez pas à attendre d'être au bout pour prendre soin de vous. Vous aussi, vous avez le droit d'être soutenue.
Pour finir : vous n'avez pas à tout porter seule
Si vous êtes arrivée jusqu'ici en vous disant plusieurs fois " c'est exactement ce que je ressens ", j'aimerais vous rappeler une chose : votre épuisement mérite d'être entendu.
Vous n'avez pas besoin de prouver que vous êtes suffisamment fatiguée, suffisamment triste ou suffisamment dépassée pour avoir le droit de demander de l'aide.
Être mère peut être profondément précieux et, en même temps, difficile.
- Vous pouvez aimer votre enfant et avoir besoin de souffler.
- Vous pouvez être une mère attentive et perdre patience.
- Vous pouvez vouloir le meilleur pour votre enfant et ne pas savoir quoi faire certains jours.
- Vous pouvez être reconnaissante d'être mère et ressentir parfois le manque de votre ancienne vie.
Tout cela peut coexister. Et peut-être que la question n'est finalement pas de savoir comment devenir une mère qui arrive à tout gérer.
Peut-être est-il plus juste de chercher comment construire un quotidien dans lequel vous n'avez plus besoin de vous oublier pour prendre soin des autres.
Parfois, le premier pas est très simple : en parler.
Si ce sujet résonne avec ce que vous vivez actuellement et que vous souhaitez être accompagné(e), je propose des consultations en ligne, sur rendez-vous.
Vous pouvez me contacter directement pour échanger sur votre situation et voir si mon accompagnement peut vous correspondre.
⭐ Découvrir Qui je suis & comment je vous accompagne
⭐ Accompagnement Anxiété et ruminations
⭐ Accompagnement Dépression & perte de sens
⭐ Accompagnement Stress chronique & surcharge émotionnelle
Retrouvez mes articles sur l'anxiété, le stress, les ruminations et la dépression ci-dessous et l'ensemble dans la rubrique Ressources.
Vous souhaitez me contacter ? Vous pouvez m'écrire via ce formulaire :