Pourquoi ai-je l'impression de passer à côté de ma vie ?
Nous passons parfois beaucoup de temps à attendre que notre vie ressemble à quelque chose d'extraordinaire.
Et si elle commençait simplement par être pleinement vécue ?
⏱️ Temps de lecture : 10 minutes
J'ai parfois entendu cette phrase en séance, et elle peut se présenter sous des dizaines de formes différentes : "J'ai l'impression que le temps passe trop vite. Je fais tout ce qu'il faut, mais je n'ai pas l'impression de vraiment vivre. J'attends "quelque chose" avant de profiter. Je me dis que plus tard, ce sera mieux."
Certaines personnes travaillent beaucoup. D'autres élèvent leurs enfants, construisent leur carrière ou enchaînent les journées sans vraiment s'arrêter. De l'extérieur, leur vie semble parfois bien remplie. Et pourtant, au fond d'elles, une impression persiste. Comme si elles regardaient leur vie défiler sans réellement y prendre part. Comme si elles étaient présentes mais rarement pleinement là.
On pourrait croire qu'il s'agit d'un manque de gratitude, d'un problème de motivation ou d'une difficulté à profiter. En réalité, c'est souvent beaucoup plus complexe que cela, car notre cerveau n'a jamais été conçu pour nous apprendre à savourer l'instant présent, mais pour assurer notre survie. Et comprendre cela change profondément notre façon de regarder cette sensation de passer à côté de sa vie.
1 - Pourquoi avons-nous l'impression que la vraie vie commence toujours plus tard ?
Il existe une phrase que nous nous répétons presque tous, souvent sans même nous en rendre compte. Le fameux "Quand..." : Quand j'aurai plus de temps, quand mes enfants seront plus grands, quand j'aurai trouvé le bon travail, quand j'aurai plus d'argent, quand je serai moins stressé, quand j'irai mieux, etc... Cette façon de penser paraît logique. Nous avons tous des projets, des objectifs et des difficultés que nous cherchons à résoudre. Se projeter dans l'avenir est une capacité précieuse. Elle nous permet d'anticiper, d'organiser et de préparer ce qui compte pour nous.
Le problème n'est donc pas de penser au futur. Le problème apparaît lorsque nous commençons à croire que notre vie ne pourra réellement commencer que lorsque certaines conditions seront enfin réunies.
Petit à petit, sans en avoir conscience, nous installons des règles dans notre esprit. Ces règles ne sont pas toujours réalistes. Pourtant, nous les considérons souvent comme des évidences et nous finissons alors par vivre dans une forme d'attente permanente.
Nous avançons vers le prochain objectif, puis vers le suivant, en imaginant qu'il nous apportera enfin ce sentiment de plénitude que nous recherchons. Mais une fois cet objectif atteint, il est fréquent que notre esprit en crée un nouveau. Ce n'est pas parce que nous ne sommes jamais satisfaits, mais parce que notre cerveau s'habitue très rapidement à ce qui devient familier.
Ce qui nous semblait exceptionnel hier devient la normalité d'aujourd'hui : Le diplôme obtenu, la maison tant désirée, le nouveau travail, le salaire espéré. Même les plus beaux événements de notre vie finissent, avec le temps, par être intégrés comme notre nouvelle réalité. Notre esprit se tourne alors naturellement vers l'étape suivante.
C'est un phénomène bien connu en psychologie, parfois appelé adaptation hédonique : nous nous adaptons beaucoup plus vite que nous l'imaginons aux changements positifs de notre vie. Autrement dit, nous passons parfois des années à poursuivre un moment que, lorsque nous l'atteignons enfin, nous cessons rapidement de remarquer.
Et pendant que nous attendons la prochaine étape, une autre chose se produit. Nous ne remarquons plus ce qui est déjà là. Non pas parce que ces moments n'ont pas de valeur, mais parce que notre attention est constamment tournée vers ce qu'il manque encore.
C'est souvent ainsi que naît cette impression étrange de passer à côté de sa vie. Notre esprit vit en permanence quelques mètres devant notre vie, qui nous semble vide.
2 - Pourquoi notre esprit est-il si rarement là où notre corps se trouve ?
Avez-vous déjà conduit jusqu'à votre travail en ayant l'impression de ne pas vous souvenir du trajet ? Ou terminé un repas sans vraiment avoir le souvenir de son goût ? Ou encore réalisé que quelqu'un vous parlait depuis plusieurs minutes alors que votre esprit était complètement ailleurs ?
Nous avons parfois l'impression de vivre nos journées alors qu'en réalité, nous les traversons. Notre corps est ici et notre esprit, lui, voyage sans cesse. Il repart dans une conversation de la veille, imagine celle de demain, analyse ce que nous aurions dû dire, prépare ce que nous devrions faire. Il compare, anticipe, rumine.
Cette capacité est humaine. Grâce à elle, nous pouvons apprendre de nos expériences, planifier l'avenir, résoudre des problèmes et nous adapter à notre environnement. Mais lorsqu'elle prend toute la place, nous finissons par passer davantage de temps à penser notre vie qu'à la vivre.
Notre attention devient alors une ressource précieuse. Notre expérience de la vie dépend beaucoup moins de ce qui nous arrive que de l'endroit où notre attention se trouve.
Notre attention est probablement l'une des ressources les plus précieuses que nous possédions. D'ailleurs, en anglais, on utilise une expression que je trouve particulièrement juste : "pay attention". Littéralement, cela signifie "payer son attention". Comme si notre attention avait une valeur et c'est probablement le cas. Chaque jour, nous disposons d'une quantité limitée d'attention. Sans même nous en rendre compte, nous choisissons constamment où nous l'investissons. Nous pouvons la consacrer à une inquiétude qui n'est pas encore arrivée, à une conversation que nous rejouons pour la dixième fois, à une erreur commise il y a plusieurs années, à ce que les autres pensent peut-être de nous. Ou nous pouvons progressivement apprendre à la ramener vers ce qui est réellement en train de se vivre. Car là où va notre attention va aussi notre expérience de la vie.
Si toute notre attention est absorbée par nos inquiétudes, nos regrets ou nos scénarios futurs, il devient très difficile de percevoir ce qui est pourtant déjà présent autour de nous : un coucher de soleil, le rire d'un enfant, une conversation, le goût d'un thé, la sensation du vent pendant une promenade, etc.
Ces moments existent toujours, mais ils passent souvent inaperçus parce que notre esprit est occupé ailleurs. Et plus cela devient une habitude, plus une impression étrange s'installe. Les semaines semblent s'accélérer, les mois défilent et les souvenirs deviennent flous. Non pas parce que le temps passe plus vite, mais parce que nous avons été peu présents pour l'habiter.
Il est important de comprendre une chose : il ne s'agit pas d'empêcher notre esprit de vagabonder. C'est impossible, et ce n'est d'ailleurs pas souhaitable. L'enjeu est ailleurs. Il consiste à remarquer, avec de plus en plus de conscience, où notre attention est partie... puis à choisir, lorsque c'est possible, de la ramener doucement vers ce qui compte ici et maintenant.
Ce n'est pas un effort permanent, c'est un entraînement. Et comme tout entraînement, il transforme progressivement notre manière d'habiter notre propre vie.
3 - Peut-on vraiment apprendre à vivre davantage ?
Lorsque l'on commence à comprendre ces mécanismes, une question apparaît souvent : Alors comment faire pour profiter davantage de ma vie ?
C'est une question légitime, mais elle suppose que nous pourrions atteindre un état dans lequel nous serions enfin capables de profiter pleinement. Comme s'il existait un moment où nous n'aurions plus de problèmes, nous serions suffisamment confiants, nous ne ressentirions plus de stress, etc. Pourtant, ce moment parfait arrive rarement et c'est souvent là que nous nous retrouvons enfermés dans une nouvelle attente.
Nous attendons de nous sentir mieux pour vivre. Puis nous attendons d'avoir plus confiance pour oser. Nous attendons d'avoir moins peur pour agir. Nous attendons que notre esprit soit enfin calme pour profiter. Mais notre vie se déroule pendant cette attente.
Le paradoxe est que plus nous cherchons à contrôler notre état intérieur, plus nous pouvons avoir l'impression d'en être prisonniers. Par exemple, une personne qui se dit qu'il faut absolument qu'elle profite de ce moment, peut rapidement se retrouver à s'observer : Est-ce que je profite assez ? Pourquoi je n'arrive pas à être heureuse alors que tout va bien ? Pourquoi je pense encore à mes problèmes ?" Elle n'est plus vraiment dans l'expérience. Elle est en train de l'évaluer et analyser. Elle ne vit plus le moment.
C'est un fonctionnement très humain. Notre esprit cherche naturellement à résoudre les problèmes. Il veut comprendre, améliorer, optimiser, mais certaines choses ne se construisent pas par le contrôle.
La présence en fait partie. On ne peut pas se forcer à être heureux. On ne peut pas ordonner à son cerveau d'être serein. On ne peut pas décider de ne plus jamais ressentir de peur, de doute ou de tristesse.
Les émotions font partie de l'expérience humaine. Elles ne sont pas des obstacles à éliminer avant de commencer à vivre. Elles font partie du chemin.
La question devient alors différente. Il ne s'agit plus de se demander comment faire pour ne plus ressentir ce qui m'empêche de vivre ? Mais plutôt, comment puis-je avancer vers ce qui compte pour moi, même lorsque certaines émotions sont présentes ?
Car une vie pleinement vécue n'est pas une vie sans difficultés. C'est une vie dans laquelle nous avons progressivement appris à ne plus laisser chaque pensée, chaque peur ou chaque inconfort décider à notre place.
- Une personne anxieuse peut continuer à ressentir de l'anxiété et pourtant aller vers ce qui est important pour elle.
- Une personne qui doute d'elle peut continuer à avoir des pensées de doute et pourtant faire un pas.
- Une personne fatiguée peut apprendre à prendre soin d'elle sans attendre d'être totalement épuisée.
Le changement ne consiste pas à supprimer toutes les expériences inconfortables, il consiste à retrouver une marge de liberté face à elles.
C'est souvent dans les petits choix du quotidien que cette liberté se reconstruit.
- Prendre quelques minutes pour écouter réellement une conversation.
- Sortir marcher sans chercher à résoudre tous ses problèmes.
- Partager un moment avec quelqu'un sans être mentalement déjà dans la journée suivante.
- Faire quelque chose qui a du sens, même si l'envie n'est pas parfaite.
- S'autoriser à être là, simplement, sans attendre que le moment devienne extraordinaire.
Parce que la vie n'est presque jamais cachée dans les grands événements que nous attendons. Elle se construit dans les milliers de moments ordinaires auxquels nous choisissons d'être présents.
Et peut-être que finalement, vivre davantage ne consiste pas à ajouter toujours plus de choses à notre vie. Peut-être que cela commence par apprendre à rencontrer plus pleinement ce qui est déjà là.
4 - Ce qui donne le sentiment d'être vivant n'est pas toujours ce qui procure le plus de plaisir
Lorsque nous avons l'impression de passer à côté de notre vie, nous cherchons souvent la mauvaise solution. Nous pensons qu'il nous faudrait peut-être plus de moments agréables, plus de vacances, plus de sorties, plus de changements, plus d'expériences extraordinaires.
Et bien sûr, ces moments ont leur importance. Mais une vie riche ne se construit pas uniquement autour de ce qui est agréable. Elle se construit aussi autour de ce qui a du sens. Il existe une différence importante entre rechercher constamment le confort et construire une vie qui nous ressemble.
Le confort consiste souvent à chercher ce qui nous soulage immédiatement, comme éviter une situation qui nous inquiète, reporter une décision difficile ou rester dans ce qui est connu. Chercher à faire disparaître une émotion inconfortable. Et parfois, ces choix sont nécessaires. Prendre soin de soi, se reposer, se protéger font partie d'un équilibre sain. Mais lorsque toute notre vie est organisée uniquement autour de l'évitement de ce qui est difficile, notre monde peut progressivement devenir plus petit.
À l'inverse, une vie qui a du sens contient parfois de l'inconfort, comme dire ce qui compte pour nous peut faire peur, changer une habitude peut demander un effort ou bien oser être soi-même peut nous exposer au regard des autres. Mais ces expériences nous donnent souvent un sentiment différent : celui d'être davantage en accord avec nous-mêmes.
C'est une question que nous pouvons parfois oublier : Est-ce que je construis une vie qui me ressemble, ou est-ce que j'organise ma vie uniquement pour éviter ce qui me fait peur ?
Cette question n'a pas pour objectif de nous juger. Elle permet de retrouver un espace de choix, car il existe une grande différence entre : Je fais cela parce que c'est important pour moi. et : Je fais cela parce que je n'arrive pas à faire autrement.
De l'extérieur, les comportements peuvent parfois sembler identiques, mais intérieurement, l'expérience est complètement différente.
- Une personne peut travailler énormément. Cela peut être une source d'épanouissement lorsqu'elle agit en accord avec ses valeurs. Mais cela peut aussi devenir une manière de fuir le silence, la peur de ne pas être assez bien ou la sensation de ne jamais faire assez.
- Une personne peut passer beaucoup de temps avec ses proches. Cela peut être un choix profondément nourrissant. Mais cela peut aussi parfois devenir une façon d'éviter de prendre soin d'elle-même ou d'exister en dehors de son rôle.
Ce n'est pas l'action en elle-même qui détermine notre bien-être. C'est la relation que nous avons avec cette action.
Retrouver une vie plus consciente ne signifie donc pas forcément tout changer. Ce n'est pas nécessairement quitter son travail, déménager, multiplier les projets ou chercher une nouvelle version de soi. Parfois, cela commence beaucoup plus simplement.
- Par remarquer ce qui compte réellement.
- Par remettre un peu de présence dans ce que nous faisons déjà.
- Par choisir un petit comportement qui va dans la direction de la personne que nous souhaitons être.
Le sentiment de vivre pleinement ne vient pas toujours de grandes transformations. Il vient souvent de petits actes répétés qui nous rapprochent de nous-mêmes. Et c'est justement parce que ces changements sont parfois difficiles à mettre en place que l'accompagnement peut avoir une place importante.
5 - Il n'est jamais trop tard pour recommencer à habiter sa vie.
Nous passons parfois des années à croire que nous avons raté quelque chose. Que nous avons perdu du temps, que nous aurions dû faire d'autres choix, que nous commencerons enfin à vivre... lorsque certaines conditions seront réunies.
Et puis un jour, une autre question apparaît. Et si le problème n'était pas la vie que je mène, mais la façon dont je l'habite ?
Cette question change tout. Elle nous redonne un pouvoir que nous avions parfois oublié. Nous ne pouvons pas réécrire notre passé. Nous ne contrôlons pas tout ce qui nous arrive. Nous ne choisissons pas toujours nos pensées, nos émotions ou les événements de notre vie. En revanche, nous pouvons progressivement apprendre à choisir la manière dont nous souhaitons y répondre.
Et cette liberté-là change profondément notre manière de vivre. Il ne s'agit pas de devenir une personne toujours sereine, positive et présente. Ce serait une nouvelle illusion. La vie continuera d'être faite d'incertitudes, de doutes, de joies, de pertes, de changements et de peurs.
Nous pouvons apprendre à ne plus attendre que tout soit enfin parfait pour commencer à vivre, parce que la vie n'est pas quelque chose qui commence un jour. Elle est déjà là. Dans cette conversation. Dans cette promenade. Dans ce repas partagé. Dans ce livre que l'on prend enfin le temps de lire. Dans cette décision que l'on repousse depuis longtemps. Dans cette émotion que l'on accepte de ressentir plutôt que de combattre. Dans ces petits instants que notre esprit considère souvent comme ordinaires... alors qu'ils construisent, les uns après les autres, une existence profondément vivante.
Retrouver ce sentiment de vivre ne demande pas forcément une révolution. Il commence parfois par une question : Où est mon attention aujourd'hui ?
Puis une deuxième : Ce choix me rapproche-t-il de la personne que j'ai envie d'être... ou m'éloigne-t-il simplement de ce que je redoute ?
Ces questions n'apportent pas toutes les réponses, mais elles remettent du mouvement. Et souvent, c'est exactement là que les choses commencent à changer.
Et si vous avez l'impression de passer à côté de votre vie...
...peut-être n'avez-vous pas besoin d'attendre d'aller mieux pour commencer à la retrouver.
Parfois, ce dont nous avons le plus besoin, ce n'est pas d'une solution immédiate, c'est d'un espace pour comprendre ce qui se joue en nous : Observer nos automatismes, mettre des mots sur ce qui semblait confus et retrouver, progressivement, la liberté de choisir une direction qui nous ressemble davantage.
C'est le sens de l'accompagnement que je propose. Non pas apprendre à devenir quelqu'un d'autre, mais aider chacun à retrouver un peu plus de conscience, de liberté et à habiter pleinement sa propre vie.
Si vous vous êtes reconnu dans ces lignes, peut-être avez-vous simplement mis des mots sur quelque chose que vous ressentiez depuis longtemps. Comprendre est souvent un premier pas, mais il arrive que certains mécanismes soient si installés qu'il devienne difficile de les observer seul.
Mon rôle n'est pas de vous dire comment vivre. Il est de vous aider à mieux comprendre votre fonctionnement, à retrouver une capacité de choix et à construire une vie davantage guidée par ce qui compte réellement pour vous, plutôt que par vos automatismes ou vos peurs.
Si vous souhaitez entreprendre ce chemin, je vous accueille en consultation, entièrement en ligne.
Prendre rendez-vous
M'écrire par mail
L'ensemble des textes publiés sur ce site est protégé par le Code de la propriété intellectuelle. Toute reproduction, représentation, modification ou diffusion, même partielle, sans autorisation écrite préalable de l'auteur, est interdite. © Betty Gonçalves – Tous droits réservés.
Retrouvez également mes derniers articles sur l'anxiété, le stress, les ruminations et la dépression ci-dessous et l'ensemble dans la rubrique Ressources.
Vous souhaitez me contacter ? Vous pouvez m'écrire via ce formulaire :